Quelques instants

Décalage temporelle du petit banc
face à l’immensité des couchers du soleil –
suivre la course des nuages si
vive et lente à la fois –
ne pas perdre une miette de
la beauté offerte descendre
au coeur de soi et recevoir
la décoloration progressive
qui perruque la vallée de quelques
boucles délavées et
rincées d’ombre –

assister quelques instants à la
peau du ciel qui pèle sur
l’orange du monde –
puis tout se perd dans la grisaille
des ondes à la ferraille qui tonne –

les oiseaux encerclent le
front des arbres de leur chant
épandu et entêtant puis
le silence aboie de patience –
l’ordre du monde se monte et
se démonte et
ton esprit vide ses
araignées sur le trottoir cimenté
des charniers aux
balais de couleur –

au dedans
il pleut des feuilles à l’automne arrimées –
perdues elles courent à perdre haleine vers
des ailleurs distendus –
dehors la brume étire ses
cornets blancs de bise menue –
tu ne sais plus très bien où te situer
entre le dedans et le dehors la
porte s’est abolie le
chagrin a fui sous les plis du
coussin –

s’asseoir n’importe où
et toujours au centre de
soi décaler l’image et reposer à
la périphérie apaisée du moment –

un vieux fauteuil qui semble
jamais vieux
habille les lieux de son air
démodé et fané – périodiquement sa
mémoire se ré-invente
d’un tissu neuf et brillant
qui parle de la confusion séduisante
du temps qui passe et recoud ses
boutons –
tout près
la baignoire vide ses
reflets – une paire de basket
sagement laissée là et tenue
au secret attend l’heure de
reprendre la route  –

un petit banc face à
l’immensité du ciel où partir où
déshabiller son âme de papier
fragile et livrée à l’abîme des
histoires –
puis retrouver le chemin
des sans chemins qu’enseigne le
bateau des nuages toujours changeant
à l’entre-monde du vent –

ce matin
sous les plis du coussin
le chagrin
a fui quelques instants
en charnier de couleurs –

il s’est déposé ailleurs
sur le chemin des sans chemins
qu’enseigne la
périphérie apaisée du moment à
l’entre-monde du vent toujours changeant –

 

 

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Nathalie Boyer dit :

    C’est d’une puissance et d’une simplicité indicible.

  2. xab0003 dit :

    Il faisait si froid ce matin
    un matin d’espace où la joie et le désespoir n’ont plus cours
    une simple animation où le vivant épouse la mort
    un instant shamanique où les ancêtres s’allient et trinquent avec le présent
    de tes os gelés

    Il faisait froid ce matin sur la plate-forme avec le vent de l’hiver déjà
    qui s’engouffre dans les portes des quais de la vie et de la mort qui vous
    glissent entre les doigts

    Je ne suis ni triste ni heureux
    je suis simplement sidéré de cette absence de centre et de périphérie
    les doigts gelés le corps trop fatigué

    Je continue à marcher en imaginant que c’est le chemin du don bien que je sois
    une misérable bête
    J’irai au bal un jour
    je te le promet

  3. xab0003 dit :

    Être éternel (elle ) dans l’instant
    Avoir existé

    Max Frisch

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