Qui suis-je ?

Hélène Lémery Wangmo,
créatrice des « racines de la présence », approche thérapeutique intégrant la vision systémique des contes, des mythes et des constellations et l’approche phénoménologique de la méditation ;
a effectué la traditionnelle retraite du bouddhisme tibétain après un DEA de philosophie, enseigne la pratique de la méditation bouddhiste et la voie du bouddha depuis 1993, formatrice certifiée de la voix des contes, animatrice d’ateliers d’écriture et de créations narratives.

Portrait en ellipse

Que vouliez-vous faire lorsque vous étiez enfant ?
Beaucoup de métiers se révélaient à travers le jeu : de la coiffeuse à l’archéologue en passant par la danse. Ceux qui m’ont le plus marqué ensuite ne relèvent pas du métier mais d’aspirations plus intérieures : comme de vouloir être moine, vivre en ermite et vouer sa vie à l’amour de tous. Mais aussi la mise en scène, le théâtre comme moyen d’expression et d’union au vivant, à l’instant, sans pouvoir se défiler, quoiqu’on puisse toujours biaiser avec un certain entraînement. La poésie comme rapport vital au réel.

Ces aspirations semblent contradictoires…
Pas forcément contradictoires mais paradoxales et complémentaires. Nous n’avons pas encore tout découvert de nous. J’ai encore des aspirations à rencontrer, à concrétiser que je ne connais pas encore.

Pour vous on se connaît à travers ses aspirations ?
Oui on se connaît à travers les qualités qui veulent vivre, les dons et les talents. C’est le seul moyen de se libérer de soi, faire vivre ses qualités, ce que l’on ne peut posséder et qui vient à notre rencontre à partir du moment où nous ne sommes pas dans le déni de notre individualité.

Des aspirations de votre enfance se sont-elles réalisées ?
D’une certaine façon oui. Il a fallu quelques crises monumentales dont la vie a le secret pour que ces aspirations deviennent des prophéties, c’est-à-dire prennent sens.
Ainsi je me suis engagée dans la voie du Bouddha dans les années 80 après la lecture de Chögyam Trungpa. J’ai d’abord commencé par pratiquer zazen. Puis, après la lecture d’un livre sur l’histoire de Milarépa, je me suis orientée vers le bouddhisme tibétain. J’ai fait une retraite traditionnelle de trois ans à l’institut Karma Ling en Savoie en 1989.

Quelle est votre origine sociale ?
Je suis née dans le nord de la France. Ma mère était infirmière. Mes grands parents ouvriers d’usine, à l’Etoile, un petit village près d’Amiens, en Picardie.
J’ai fait des études de philosophie à l’université d’Amiens jusqu’au DEA puis j’ai enseigné cinq années à Péronne, Abbeville et Boulogne sur mer.

Enseignante de philosophie, était-ce choisi ?
Non même si le rêve de ma grand-mère était que je sois institutrice. Heureusement j’ai bénéficié de bonnes protections auprès de certains professeurs qui ont réussi à convaincre ma grand-mère de me laisser aller plus loin. En fait je n’avais rien décidé, j’étais en licence, pionne dans un collège, à peine commencé, c’était un fardeau. Un ami a donné mon nom au rectorat pour que je le remplace sur un poste d’enseignant en français-philo. J’ai été contactée, j’ai accepté. Cela m’a permis de gagner ma vie, ça été une très bonne expérience pour savoir que je ne ferai pas cela toute ma vie !

Diriez-vous que vous avez eu une enfance heureuse ?
Par certains côtés oui. Je garde une mémoire affective très forte d’instants passés dans la maison de mes grands-parents, de la relation à la nature, aux animaux, de la beauté tout simplement qui me sautait aux yeux. Cet instinct de la beauté m’a sauvé, m’a préservé, m’a permis de rester en vie. C’est aussi ce que j’appelle la poésie, la relation poétique au réel qui est une façon d’être qui peut se transcrire, mais qui est avant tout une façon d’être et d’être présent à ce qui est. Ma vie spirituelle a commencé là, bien avant que je la nomme, dans cette qualité de présence et d’innocence.

Et votre adolescence ?
Tumultueuse et rebelle. Des évènements familiaux douloureux. La présence de la poésie, le partage avec d’autres vivants en quête d’expériences sensorielles et spirituelles.

Les contes étaient-ils très présents dans votre vie ?
Oui je me rappelle déjà lorsque j’étais en primaire inventer des histoires, me protéger de la brutalité ambiante avec la force de la parole. Je me suis aperçue très tôt de la force des histoires pour canaliser l’attention et changer les énergies des personnes. N’est-ce pas ainsi que Shéhérazade dans les contes des mille et une nuits sauva sa vie ? En racontant des histoires au roi. Cette ingéniosité me parle.

Vous êtes mariée, vous avez des enfants, n’est-ce pas incompatible avec une vie spirituelle ?
La vie spirituelle n’est pas une vie à part. D’ailleurs le mot « spirituel » me déplaît, je l’emploie à défaut. Nous avons un esprit, en ce sens nous sommes tous des êtres spirituels, que nous en ayons conscience ou pas. La vie que nous choisissons est notre voie, la voie qui nous permettra de réaliser le bouddha que nous sommes. La vie spirituelle n’est pas un ailleurs, une fuite de la vie, une déresponsabilisation ni une fascination pour l’exotisme. Je suis devenue ermite, épouse, mère et enseignante et certainement plein d’autres choses encore, n’est-ce pas merveilleux ?

Le bonheur parfait, selon vous ce serait quoi ?
S’accommoder de l’imparfait tout de suite

Que possédez vous de plus cher ?
Ce qui m’est le plus cher est justement ce que je ne possède pas

Je ne comprends pas cette phrase que vous venez de dire
ça ne fait rien. Il n’est pas nécessaire de tout comprendre. C’est ainsi que s’ouvre la profondeur et l’intuition, à la résonance des je ne sais pas.

Ce que vous enseignez aujourd’hui est-il le fruit de votre expérience personnelle?
Ce que nous enseignons et transmettons est toujours le fruit de notre expérience. Cette expérience pour moi est à la fois mon chemin dans une tradition et une réflexion sur notre situation actuelle, culturelle, historique avec tous ses enjeux. Il y a des pièges, des compréhensions qui demandent que nous fassions un effort aussi pour apprécier ce que nous sommes et nos propres traditions.
Mon inspiration fondamentale est le cœur des enseignements du bouddha, en lien, en rencontre, en conversation créatrice avec notre condition actuelle. Cela est nécessaire si l’on ne veut pas mettre de la couleur sur un mur écaillé. Rien ne tient, ne s’intègre sans la sincérité de repenser par nous-même ce qui nous est transmis.

A votre avis de quoi avons nous le plus besoin dans notre monde aujourd’hui ?
De compassion, de bienveillance, d’amour véritable à tous les niveaux, au féminin/masculin, singulier/pluriel. Pour cela nous devons aussi pourfendre d’un cynisme salvateur tout ce qui s’y oppose.

Qu’est-ce qui pourrait s’y opposer ?
Les idées mêmes que nous avons sur tout cela. Les concepts de nos carrés frileux qui ont peur d’être ébranlés. Et bien d ‘autres choses encore, de réconciliation par exemple, de savoir honorer et inclure tout ce que l’on exclu, par ressentiment ou opacité.

Et enfin, avez-vous une devise ?
J’en ai plein ! En voici une, tout droit sorti du cru de l’instant, puisse-t-elle inonder le ciel et la terre de ses heureuses fécondités :

Présent au courant, puisse l’amour couler à flot, tête et cœur offerts à l’espace

11 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Claudine dit :

    quel beau curriculum vitae.il est à la dimension de l’infini.

  2. Patrick Bizdikian dit :

    Superbe. Je suis content de vous lire et vous reconnais dans votre pensée.
    A bientôt j’espère. Amitiés.
    Patrick Bizdikian

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