Rêve de monuments – quand tout s’effondre –

Rêve de monuments est une exposition qui s’est tenue à la conciergerie à Paris. Je suis allée la voir en janvier, sans bien savoir de quoi il s’agissait. J’avais surtout envie de visiter la conciergerie, un monument chargé d’histoire, objet de toutes sortes d’imaginaires, troubles et inquiétants, attirants et repoussant à la fois. Des événements marquants et des lieux qui les rappelle, survivance de blessures anciennes, jamais complètement cicatrisées où l’homme a montré le visage de sa barbarie. Nos consciences en sont encore aujourd’hui en souffrance car malheureusement l’histoire a tendance à se répéter. Il y a des choses que l’on ne peut concevoir et qui pourtant se sont déroulées, d’où un certain malaise que l’on affronte lorsque l’on arrive, par exemple, dans la salle où sont inscrits sur des plaques noir et or les noms et professions de plus de 2000 guillotinés. Silence, malaise, on pense à tous ces gens. Cela réveille aussi d’autres histoires sanglantes, d’autres exterminations, d’autres boucheries. Silence gêné, confus, on ne trouve pas les mots, là où tout devrait être parlé, tout est tu. Mais comment nommer l’innommable?

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’exposition elle même propose un voyage dans l’univers fantasmé des monuments gothiques, entre rêve et réalité. Environ trois cent œuvres de toutes époques et de toutes matières – maquettes, tableaux, esquisses, photographies, jouets – qui nous rattachent à l’imaginaire gothique, sont exposées. Monuments, châteaux, ruines délabrées, abbayes grandioses, au sein d’une nature tourmentée, luxuriante, prête à tout recouvrir et envahir. Ainsi nous glissons au fil de l’exposition vers les représentations de cet imaginaire traversant les époques jusqu’à aujourd’hui. Nous trouvons naturellement encore des traces de cet imaginaire dans les contes et leurs illustrations. Le trait noir et détaillé de Gustave Doré impressionne toujours autant. Il y a aussi des affiches humoristiques, des revues destinées aux enfants avec les vieilles couleurs d’autrefois, les jaune moutarde, les rouge vermillon, les bleu pétrole. Ainsi le château de Barbe bleue ou de la belle au bois dormant sont souvent choisis, évocateurs, photogéniques, ils intriguent. Certains monuments font rêver, d’autres font frémir. Les ruines, les cryptes recèlent, on le flaire d’instinct, d’étranges ombres, entre chien et loup, l’imagination galope. Nous descendons dans les marais des eaux psychiques peuplées d’inquiétantes créatures. Vous connaissez l’histoire. L’exposition va jusqu’aux jouets, assez récents puisque ma fille Léa qui m’accompagnait était toute émue de voir dans une vitrine le polly pocket du château de la belle au bois dormant et le palais d’Aladin, jouets qu’elle a adorés dans son enfance. Quoi d’autre?  l’école de Poudlard en légo. Et d’autres trésors dont j’ai oublié le nom.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La visite de cette exposition et du lieu qu’est la conciergerie m’a questionné sur les lieux et les formes que nous habitons, leur influence sur nous, leur éventuelle disparition. Et si c’était nous qui disparaissions? Je pensais en fait à ces monuments, œuvres collectives et plus largement encore aux villes tentaculaires parfois où les hommes vivent. Est-ce que ce n’est pas nous qui aujourd’hui disparaissons sous le gigantisme des cités, le conformisme des idées, l’oubli des sentiments au sein du vivre-ensemble. Je ne parle pas de la fin du monde mais en tous cas de la fin d’un monde dont on pressent à travers nos propres énergies l’essoufflement, le délitement, la désagrégation comme celle d’un géant qui lentement s’effondre. Cela m’évoque la série « walking dead« . Vous savez, pour celles et ceux qui me connaissent, que je fais souvent référence au cinéma. Cette série, que je n’avais pas envie de regarder au départ, des zombies, très tendance, non merci! et puis j’ai lu la BD… oui mais la série est encore différente… bon d’accord, allons-y.

Walking-dead-3Cette série est un nouveau genre de film d’horreur. Car l’horreur aujourd’hui c’est nous, notre façon de vivre, notre pensée unilatérale et ferroviaire, notre indifférence, nous sommes peut-être déjà zombifiés. La série commence, avec des références classiques de fin du monde. Un mec dans un hôpital se réveille et là tout a basculé. Un point de non retour est atteint, on le comprend petit à petit. Au-delà des prestations de maquillage, de la finesse du tournage, même si on massacre à la pelleteuse manuelle du zombie, ce qui reste quand même gorissime, âmes sensibles s’abstenir, il y a un scénario qui va au-delà des effets spéciaux, tellement réussis d’ailleurs qu’on y croit. Il y a la nudité dans laquelle chacun des personnages se retrouve. Car maintenant qu’il n’y a plus rien, que tout s’est effondré, que les villes sont des repères et des cryptes à zombie, qui semblent tous sortis de supermarchés où les soldes se seraient mal terminées, il faut faire gaffe, au sens propre, à sa peau. Il y a une bande de survivants, confrontés au quotidien, obligés de réinventer une organisation, dans ce que le vivant a de plus basique : défendre son corps, ne pas se faire dévorer par les mordeurs, au risque de finir comme eux, des agressifs ayant perdu toute mémoire, tout lien, toute reconnaissance. Seule une balle dans la tête -endroit symbolique!- peut vous tirer d’affaire et vous faire vraiment mourir. Sinon il n’y a pas d’apaisement, pas de sépulture, pas de continuité possible pour les survivants qui voient leurs proches, lorsqu’ils sont mordus, devenir cette chose qui déambule répugnante et agressive. Chacun est ainsi confronté à son amour propre, son égoïsme, sa lassitude. C’est la fin d’un monde, la radicalité de la situation oblige à revenir à une réalité de l’ici et maintenant très concrète, à se poser et à résoudre des questions vitales, à être proche de l’action immédiate d’un vivre-ensemble où l’on ne sait néanmoins à qui se fier. Bref chacun est confronté à son amour propre, ce qui se passe entre les personnages est l’aspect le plus attrayant de cette série. Les zombies mettent en valeur un huit clos où l’humanité se rejoue à chaque fois. On ne sait comment cela finira. Ni même s’il y aura une fin. Mais là n’est pas l’important puisqu’il s’agit d’un entre deux d’où un nouveau monde, un nouvel humain pourrait émerger car rien ne pourra plus être comme avant. Devant cette évidence, quelque chose se joue d’essentiel et de palpitant, malgré le désespoir où sont acculés les survivants. C’est un peu comme un conte d’avertissement, macabre et lucide à la fois, où tout peut se jouer : la destruction complète ou la naissance d’un nouveau monde.

Pour les plus sensibles, je ne voudrais pas vous laisser l’oeil pendant et la mâchoire défoncée, errant entre les lignes à la recherche d’un peu de baume au coeur. Alors je retourne dans l’épicerie de Catherine boire un thé dans une porcelaine bleue et méditer cette phrase de Jankélévitch sur l’amour : l’amour, à lui seul, est déjà ce divin paradoxe, -car ce qu’il donne il l’a encore, car il est d’autant plus riche qu’il donne davantage.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, si vous vous êtes déjà posé la question s’il y a plus de vivants actuellement que de personnes décédées, la réponse est ici.

Publicités

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. klein marie-claude dit :

    la mère vient d’être initiée par la fille qui adore! la petite initie la grande,attention l’ombre plane sur nos têtes. le virus est en nous.

  2. Klein Marie-Claude dit :

    ça y est j’ai ingurgité en 24h les 6 épisodes de la première saison et 3 de la deuxième! merci Wangmo d’attirer notre attention sur cette série télévisé si je n’avais pas lu ton article jamais je ne serai aller voir trop violent d’entrée. Cependant voir non plus au premier degré mais avec le recul cela rend les chose beaucoup plus suportable de plus comprendre cela au plan symbolique est encore plus fort cela m’a renvoyé aux thèmes du premier trimestre à propos du développement du cerveau au cours de l’évolution et je remercie le ciel(ou ?) d’avoir un cortex. en plus en ce moment je suis en train de lire « Energie Spirituelle » et « Rêve » de H.Bergson toute la réalité s’effondre plus rien de solide si non que l’instant présent plus rien sinon que de regarder comme un témoin neutre ce qui défile dans l’espace de l’esprit wouah….

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s