En retraite ou dans la vie quotidienne, comment intégrer les distractions?

Prochaine retraite de pleine conscience et de constellations : du 26 au 29 avril 2014 dans les monts du Lyonnais.

IMG_8013Que ce soit en période de retraite ou dans la vie quotidienne, la question est ici celle de la vie en groupe, de ce que génère l’autre en nous. En retraite, par exemple, que faire lorsque les autres ne respectent pas les consignes données et que dans un groupe le silence est difficile à tenir pour certains ? On entend rigoler, parler dans des endroits communs, et cela dérange et perturbe ma retraite. Cette question pourrait être abordée de ce point de vue :

Comment les distractions oeuvrent à nous stabiliser ?
cette question peut sembler déconcertante à première vue. Regardons la de plus près.

Pendant les temps de méditation, lors d’une immersion en retraite, nous faisons plus que jamais l’expérience des « distractions », des obstacles et des focalisations obsessionnelles sur ce qui pourrait sembler anodin. Ces distractions peuvent s’entendre à la fois comme intérieures et liées à la pratique de la méditation elle-même mais aussi comme extérieures, relatives à l’environnement et ce qui s’y passe. Un peu comme si l’environnement était un refuge contre l’agitation de l’esprit. C’est vrai et faux à la fois.

L’esprit est en laboratoire. Il est en même temps l’objet de l’expérimentation et l’expérimentation elle-même. Lorsque nous commençons la parenthèse de la retraite par rapport à l’agitation quotidienne, dans un lieu favorable à la tranquillité et à la détente, dans un premier temps nous sommes ravis du bruit ambiant : chant des oiseaux, bruit du gong, même l’eau des toilettes qui s’écoule, le bruit des fourchettes et des assiettes sonnent différemment à nos esprits en quête de fraîcheur. Néanmoins, reconnaissons-le, où que nous allions, pratiquants des villes ou des campagnes, il y a du bruit. L’esprit, motivé par le simple effet du changement de lieu dans un premier temps est heureux  mais très vite les habitudes et la tendance au contrôle gomment la joie de la nouveauté. L’esprit était frais, très vite les relents pestilentiels de l’hydre refont surface.

IMG_8392La méditation inclut l’environnement. Elle montre comment nous sommes à l’aise ou pas avec ce qui nous environne lorsque nous acceptons l’immersion. Comme le rappelle le koan zen : lorsque le drapeau bouge, est-ce le drapeau qui bouge ou le vent qui le fait bouger? En réalité, au bout du compte dit le maître, nous réalisons que c’est l’esprit qui bouge. L’esprit ne cesse de bouger, de s’agiter en tous sens, où qu’il soit. Il montre ainsi sa grande vitalité, son énergie inépuisable mais aussi son bruit permanent. Il ne s’agit donc pas de le contraindre par la force mais d’apprendre à regarder et à lâcher l’objet de la fixation pour que l’eau de l’expérience continue de s’écouler.

Lors d’une retraite de méditation, nous sommes appelés au silence, à nous mettre « en retrait » des distractions habituelles du corps, de la parole, de l’action habituelle. Aujourd’hui, il y a beaucoup de bruit et d’addiction au bruit:  le  téléphone portable par exemple, est une habitudes qui semble incompressible : « je dois absolument téléphoner chaque jour à… ». Quelle que soit la raison invoquée et sa légitimité, il s’agit de regarder du point de vue d’une exploration de l’esprit si nous pouvons en être libre ou pas. Même pour quelques jours, souvent sans obligation professionnelle, nous voyons la force des dépendances à toutes sortes d’appels illusoires. Comme j’aime à le rappeler dans la version contes du héros : entendons les vrais appels au-delà des simulations d’envol vers la vraie vie.

IMG_8019Il y a des personnes pour qui le silence est difficile. Ce n’est pas un absolu. Cela dépend aussi peut-être de la situation fluctuante du moment, de la solitude, des angoisses, d’un manque de familiarité avec l’espace intérieur.  Les oiseaux des pensées semblent boucher la clarté du mal-être ou de la peur du moment et se déverser dans des flots de parole. Il y a les personnes pour qui la consigne du silence elle-même devient obsessionnelle. Elles ne voient plus que cela et en font la condition de réussite de la qualité de leur méditation. Parce que l’autre ne respecte pas la consigne, je ne peux pas méditer. C’est là encore tout le problème des conditions. Nous devons nous rappeler que ce ne sont que des conditions en aucun cas des impératifs catégoriques ou des situations incontournables et exigibles à l’éveil. Il y aura toujours, où que nous soyons, des choses qui grincent.

Où que nous soyons, quelles que soient nos réactions, c’est l’esprit qui bouge. Il s’agit justement de reconnaître la fixation, l’agacement, l’irritation et de la voir comme une manifestation des tendances à saisir. Une retraite est ce que nous en faisons dans cette relation à ce qui se passe, à tout moment. Certes nous essayons de faire notre possible pour que de bonnes conditions extérieures soient réunies mais il s’agit avant tout de regarder notre esprit.

Je me rappelle avoir lu il y a longtemps une anecdote où Thérèse de Lisieux racontait comment son esprit en silence et en retrait des affaires mondaines se fixait sur n’importe quel fait anodin avec une telle intensité que cela devenait un véritable obstacle à sa progression spirituelle. Lors des sessions de prières, il y avait une soeur qui faisait du bruit avec sa respiration, cela l’agaçait à tel point qu’elle ne pouvait en détourner son attention. S’en rendant compte, elle voyait des pensées de rejet s’élever en elle et développait alors plus de tolérance. Ce qui atténuait cet agacement mais dès le lendemain celui-ci revenait avec la même force. Elle pratiquait alors à nouveau l’acceptation de cette présence concrète qui lui semblait faire barrage au bonheur du silence et de la prière. Il est difficile d’accepter l’autre dans la réalité de ses manies, surtout lorsque l’acuité de l’esprit appelle à l’ouverture lucide. Car l’ouverture est la conscience de l’autre, du monde, de l’environnement. Lorsque nous nous ouvrons, le décentrage de soi fait apparaître la variété du monde et réactive nos sensations et perceptions de saisie dans l’attraction, l’agressivité ou l’indifférence. Dans l’ouverture, l’enfer c’est les autres à moins que ce ne soit notre esprit accroché à sa version de ce qui doit être dans l’instant pour que dans cette ouverture rien ne nous dérange.

IMG_8396Finalement dans une retraite de méditation, les distractions et les fixations nous en apprennent plus sur nous que le temps passé sagement sur un coussin. Quoi qu’il se passe, nous devons regarder notre esprit. Par quoi est-il gêné ? qu’attend-il qui ne vient pas ? sur quoi n’a-t-il pas prise ? Les distractions sont tout aussi intéressantes que le rappel des supports pour pacifier l’esprit. C’est même l’entraînement dans le petit bassin des turbulences anodines qui nous permettra de retrouver l’océan du quotidien habituel avec plus de stabilité et de sérénité. Sous les pavés la plage.

En conclusion : oui il y a des instructions pour que les meilleures conditions possibles soient réunies en retraite. Les personnes qui ont des difficultés avec cela sont invitées à regarder en elles ce qui est si difficile et éventuellement échanger avec la personne qui guide la retraite. Si vous faîtes partie de cette catégorie de personnes, le silence peut devenir un compagnon qui vous aidera à vous sentir bien avec vous-même, au fur et à mesure que vous vous familiarisez avec cette pratique. Fuir le silence est comme tenter de combler un vide qui ne fait que se creuser encore plus. L’origine de cette fuite est parfois un mal-être existentiel avec lequel on n’a pas envie ou on a peur d’entrer en contact, ces difficultés peuvent être conscientes ou inconscientes. La personne qui accompagne la retraite, si elle en a les compétences, pourra vous aider à respecter les consignes pour le bon déroulement de la retraite,  pour votre propre bénéfice et aussi celui de tous les participants. Pour les personnes qui se focalisent sur les consignes et leur non respect, elles doivent aussi regarder comment leur esprit est dérangé et les conclusions qu’elles en tirent. Elles aussi sont invitées à en parler lors d’un entretien en retraite de sorte à mettre le doigt sur leur fonctionnement plutôt que de tirer des conclusions sur comment cela aurait dû être. Si vous faîtes partie de cette catégorie de personnes, observez vos réactions émotionnelles et vos tendances au contrôle et au rejet. En comprenant mieux la tonalité et la couleur de vos réactivités, vous pourrez les transformer en vagues de compassion et vous stabiliserez votre esprit plus librement et plus en profondeur. La véritable stabilité est lorsque l’esprit sait que c’est lui qui bouge et qu’il peut ainsi travailler avec ses propres saisies. Cela est vrai en retraite, vrai dans la vie quotidienne où en tant que pratiquant, nous continuons car c’est l’esprit qui est en retraite où qu’il soit.

Du point de vue de l’intégration, il n’y a pas de moment de retraite et de moment de non-retraite. Chaque expiration est l’occasion d’expérimenter la pratique et les distractions à la pratique. En retraite vous avez la meilleure des conditions pour cela : c’est la présence du groupe unie par la motivation et d’un ou d’une amie spirituelle dont vous pouvez solliciter les conseils.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. johny dit :

    coucou L N !

    je ne suis pas sûr que ma réponse te parvienne par cette adresse (manque de pratique !!!!)
    je viens de lire ce dernier article
    le matin, au lever du soleil, après mon café (tout de même), un moment de silences intérieurs en t »‘entendant » ….
    un moment de petit bonheur, d’une modeste sérénité.
    je partage complètement ton écrit dans mon quotidien : le bruit ce n’est pas les autres, c’est ce que j’entends, ce que je veux bien entendre, écouter.
    j apprends (d’une façon un peu autodidacte) à me centrer, à écouter mon silence, à l’aimer…pas facile mais cela me plaît d’être sur ce chemin.
    je suis heureux de t’avoir rencontrée, de vous connaître tous les 2 et je me retiens de ne pas aller vous voir plus souvent……
    merci pour ces partages et merci d’être là, pas très « loin » !

    Johny

    1. Wangmo dit :

      Merci Johny, ton message est bien arrivé et m’a sincèrement touché.
      De belles rencontres à renouveler dans l’appréciation mutuelle, je peux te l’assurer 😉
      Avec mes plus belles pensées de coeur,
      LN

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