Les racines : liens ou entraves ?

Question : je ne me sens attachée ni à un lieu ni particulièrement au passé. De plus, il me semble que le chemin spirituel est l’abandon de tout cela, son histoire, ses liens, ses attaches. Pourquoi alors faire des constellations? ne vaut-il pas mieux méditer et se consacrer à sa progression spirituelle?

racine7Bien que nous ne nous sentions pas attachés au passé, nous y sommes néanmoins rattachés. La vague peut se sentir différente de l’océan d’où elle émerge et où elle retourne. Cette vision est superficielle. Lorsque je prends conscience de ma situation dans le monde, je constate que je suis né(e) et que je mourrai. Ce qui a précédé cette situation, ce qui a cédé juste avant, a décédé, n’est plus en un certain sens j’y suis relié(e) par des liens plus profonds que je ne l’imagine . Il est fréquent de vouloir gommer son histoire, à force d’interprêter de façon  nihiliste certaines notions comme : non-attachement, lâcher-prise, non ego. Lors d’un atelier de constellations, une personne a choisi ses parents puis nous avons demandé à chaque parent de choisir ses propres parents puis aux parents des parents de choisir chacun leurs parents ainsi de suite jusqu’à épuisement des personnes présentes. Nous nous sommes retournés et avons regardé étonné le nombre de prédécesseurs derrière une seule personne. Le simple fait de se retourner pour regarder actualise la réalité concrète de notre existence : il a fallu ces deux là au minimum qui eux-mêmes sont nés de deux autres etc.Si nous remontons ainsi nous nous perdons dans la vastitude et l’infini de l’espace, au-delà des histoires.

racines4Il y a les racines familiales, de sang, celles dont la psychologie moderne montre l’influence de l’âge de l’enfance à l’âge adulte. Mais ce ne sont pas les seules. Les constellations, comme l’espace des étoiles dans le ciel, nous rappellent que nous venons de plus loin que ce que nous pensons, tellement loin peut-être que nous nous perdons dans l’origine de l’origine. Il y a les racines ancestrales, les racines de la terre de nos ancêtres. Si nous ne nous sentons pas rattachés à un lieu, quoique comme toutes les affirmations dignes d’un Augias dissimulant ses immondices, la chose reste à vérifier, nous ne pouvons nier le lien à la terre. La terre n’est pas une abstraction, elle est là sous vos pieds, avec sa couleur, son odeur particulière, la façon dont les êtres l’ont agencée, façonnée, ont communiqué avec leur environnement au fil du temps et des événements. Combien de morts sous nos pieds lorsque nous marchons sur la terre.? La terre est habitée, humains et non humains y vivent en plus ou moins bonne harmonie. Vaste sujet que la terre et le ciel entre lesquels nous nous tenons funambule de l’espace.

D’où viennent nos ancêtres? Combien d’exils? de souffrances tues qui se perpétuent dans les inconscients transgénérationnels? Pourquoi leur force ne vient-elle plus jusqu’à nous? En rendant hommage à la force de nos prédécesseurs, nous transfusons la sève de nos racines à notre corps, notre psyché, nous autorisant à avancer. Rendre hommage, honorer pour le don de l’essentiel, la vie. Plutôt que de rester cloué à force de ne pas vouloir voir, considérer, dévaloriser soi et le passé.

Quant à savoir si nous détournant du passé nous pourrons ainsi mieux progresser par le lâcher-prise de la méditation? c’est une autre histoire à élucider. La première partie de la réponse a déjà été développée: le Bouddha lui-même s’est tourné, après son éveil, vers sa mère, morte à sa naissance, pour lui témoigner gratitude et lui montrer comment la souffrance de la perte peut être transformée d’une extraordinaire façon.

racines1Nous nous méfions des histoires. Pourtant elles ont valeur exemplaire car dans la thérapie, mais aussi dans les traditions spirituelles, l’enseignement se fait à travers les histoires. Elles nous apprennent à entendre la douleur, à connaître le coeur humain, à faire confiance au témoignage d’autres tout en suivant la singularité de sa propre voie. En ce sens elles sont très saines. Nous souffrons mais nous ne voulons pas le reconnaître. Les histoires nous libèrent de cette hypocrisie inutile pour peu que nous reprenions racine dans la terre.

Ceux qui ne veulent pas regarder le passé sont souvent rattrapés douloureusement par celui-ci, ou pis encore un de leurs descendants en fait les frais. Comme dans les contes, où pour se sortir de son déclin financier, un pauvre homme, aveuglé par sa détresse,  troque avec le diable son enfant unique. Nul doute que le créancier viendra chercher son dû au moment le plus inopportun, peut-être bien des décennies après. En faisant face à la réalité de ce qui s’est passé, avec bienveillance et vérité, nous oeuvrons, en constellations,  par des actes et des paroles à réconcilier, apaiser, libérer, exprimer gratitude et acceptation de ce qui est.  Nous travaillons à défaire les noeuds, les blocages, les mouvements arrêtés lors de dynamiques inconscientes de mal-être et de conditionnements.

Si nous associons en pensée à nos méditations la présence des êtres qui sont reliés à ces racines familiales et ancestrales, même si ces personnes sont décédées ou que nous ne les avons pas connu, nous nous sentirons plus fort et plus en lien dans notre vie quotidienne. Peut-être est-ce là une première orientation de la progression : gagner en attention et en amour.

Auteur : Maud-Yeuse Thomas
Auteur : Maud-Yeuse Thomas
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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. catia dit :

    Le nettoyage des écuries d’Augias est un travail de tous les jours et plus particulièrement ce mois-ci !! Merci Wangmo, ton article me donne du courage pour traverser ce début de printemps !! ;0))

  2. berthet gertrud dit :

    Merci Wangmo,pour la clareté de ces réponses qui mijotait aussi sous le couvercle….

    1. berthet gertrud dit :

      la clarté des réponses au questions qui mijotaient….

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