Femmes squelettes

Tourner ses paumes vers le ciel
où voir le grand écart des danseuses aux
seins de lotus recevoir sur la joue
l’accolade d’un fruit doux –
je m’étais assoupie sous la pagode de Coré
et je rêvais – il y avait des femmes et des femmes et
encore des femmes très vieilles qui pleuraient des
océans aux quatre coins du monde
dont les seins étaient des papillons
qui accouchaient de soleils morts nés
elles étaient comme des mémoires aux
cicatrices de bouches cousues – pour elles il
me fallait aller plus loin que la rive de l’instant
il me fallait trouver un chant où dire leurs
voix d’écailles retenues prisonnières dans
leur peau ridée et centenaire –
l’amour est là
là il était
il était là
au début
il était
il allait et venait au milieu des
diseuses de bonne aventure
il courait pieds nus sur l’asphalte clair
il riait de ses maladresses et ne prêtait
attention qu’aux écuelles du vent qui
dans ses mystères de tonnerre laissait s’échapper
l’oiseau hors de tous les paradis pour les recréer aussitôt et
indéfiniment –

ton coeur n’a rien perdu de sa beauté si erreur il y a elle vient d’ailleurs – ta
bonté frôle la terre de son aile à la vision d’aigle – tu n’as rien perdu de
ton agilité – la course de tes mains tisse encore des bravoures sous la semelle
des hommes qui t’oublient –

demain est à demain
la joie court sur un muret raconter les exploits des je solitaires à
la gitane qui traverse la mer à dos de paupières
toujours elle voit celle là que
l’amour est là
là il était
il était là
au début
il était
il avait ses écumes de déraison sous la fenêtre qui dormait à poings fermés
il patientait au creux d’un cheveu gris le temps d’inventer l’anse des fleurs
par où s’envolait le coeur d’une rose à peine éclose –

aujourd’hui tu restes à coudre des lumières en attendant que la terre se retourne
sur elle-même –

le jour boite les heures claudiquent la chair fait mal
les vagues câlines esquivent les rochers et se brisent plus loin
le sable anorexique vomit un crabe panthère qui court de travers et à
reculons –
les mains couvertes d’échardes livrent au monde leur pureté d’étoile malmenée
il faudra savoir vieillir au ciel d’une île inhabitée –

personne ne dira mot
seul le poème fera écho à
la voix centenaire et cousue des femmes squelettes au coeur de tambourin –

l’amour est là
là il est
ne le cherche pas rien ne
le couvre ni le découvre
à la fin il sera
comme au début il était
caché sous une peau d’étoiles
que seule la blessure manifeste
invisible il se montre couché dans l’azur de
ta plaie –
sous la pagode de Coré
je rêvais d’une très vieille mère qui
venait me chercher me prendre par la main et
m’emmener au loin vieillir au ciel d’une île inhabitée –

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Patrick Bizdikian dit :

    Une telle beauté se dessine toujours dans ces ouvrages.
    A Bientôt de lire.

  2. gertrud berthet dit :

    ce rêve est tellement familier , le cœur et les yeux débordent dans l’océan aux quatre coins du monde…

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