Symbolisme de l’arbre dans les contes

Avec ses racines plantées dans la terre et ses branches dirigées vers le ciel l’arbre est un symbole puissant d’une double appartenance, à la fois appartenance au ciel et appartenance à la terre. Il relie deux mondes, se dresse et puise ses ressources des deux côtés, à l’instar de l’homme qui dans son humanité appartient à ces deux mondes et trouve son équilibre en s’enracinant dans ces deux éléments.

Utilisé par le héros comme poste de garde d’où il peut embrasser du regard l’ensemble du paysage alentour d’un regard panoramique, l’arbre évoque l’axe inébranlable autour duquel s’assemble le cosmos. En sentinelle sur l’arbre, le héros échappe aux bêtes féroces, aux dangers de la forêt, ainsi il se met lui-même à l’abri de ses tendances bestiales. Il y monte seul, il y reste aussi quand la nuit est tombée, y passe parfois de nombreuses années, cultivant ainsi sa capacité à rester éveillé quand les autres dorment. Il veille dans la nuit obscure, seul et en silence, développant des capacités puissantes de vision. Rien d’étonnant à ce qu’il aperçoive au sein de la forêt sombre et inquiétante, une petite lumière qui soudain brille et attire son attention. Souvent cette petite lumière, fruit de sa méditation pénétrante le mettra sur le chemin du dénouement de l’histoire , même si ce qu’il y rencontre est sorcière, ogre ou géant. Sa lucidité décuplée, il peut ainsi voir se manifester dans le monde ses propres potentialités intérieures même sous des formes menaçantes qui l’amèneront ensuite à acquérir des pouvoirs de transformation et à s’entourer d’énergies alliées.

Dans le conte, Hans mon hérisson (des frères Grimm), Hans est né de la colère de son père de ne pouvoir avoir d’enfant. Lorsqu’il naît son apparence est mi-homme, mi-hérisson. Il est sujet aux moqueries, rejet et blessures diverses de la part de son entourage jusqu’au souhait de sa mort de la part de son propre père. Un jour il part, ayant ferré le coq qui lui sert de monture et s’en va vivre dans la forêt à la cime du plus haut des arbres, avec sa cornemuse dont il aime jouer. A partir de ce moment, les richesses de Hans ne font que s’accroître, ses qualités ne font que se développer, le son de sa cornemuse dont il sait si bien jouer attire à lui les rois de passage qui après quelques épreuves le délivreront de cette peau de hérisson qui n’est pas lui. Je vous laisse lire la suite de l’histoire.

Un autre conte, la sacoche, le tambour et la petite trompette (des frères Grimm) nous montre l’itinéraire de trois frères prêts à tenter leur chance. Chacun s’arrête à différentes étapes du chemin, le premier lorsqu’il rencontre une montagne d’argent semble arrivé au bout de sa chance, le second lorsqu’il rencontre des montagnes d’or et le dernier décide de poursuivre sans savoir ce qu’il rencontrera. Il se retrouve bientôt égaré dans une immense forêt, il monte au faîte d’un arbre où sa vie semble menacé car il est dépouillé de tout, il a faim et se retrouve dans une solitude absolue. Néanmoins sa chance va lui être révélée au moment où tout semblait le lâcher et où peut-être lui aussi lâche tout repère, tout espoir et toute peur.

A vous de lire la suite du conte.
Bref ceci est la méditation du héros qui ne peut faire le chemin dans sa forêt intérieure qu’en acceptant de rencontrer des temps de solitude, égaré dans la forêt sombre et inquiétante de ses propres potentialités endormies et inaccessibles pour l’instant. Au milieu de nulle part, perché en haut d’un arbre, développant sa vision claire et panoramique, se dépouillant du superflu, le héros s’éveille à sa dimension spirituelle.
Le Bouddha s’éveilla sous l’arbre pipal (ficus religiosa), de nombreuses traditions bouddhistes font le voyage à Bodhgaya pour voir et méditer près de cet arbre (tout au moins son descendant).

Dans d’autres cultures et traditions aussi l’arbre joue un rôle essentiel, l’Egypte antique vénérait les sycomores où la déesse Hathor puisait une boisson et une nourriture fortifiante qu’elle donnait aux morts ou plus exactement aux oiseaux qui abritaient leurs âmes. Le dieu sumérien de la végétation Dummuzi était adoré comme arbre de vie. Les habitants de la Chine ancienne vénéraient le pêcher et le mûrier alors que les druides celtes célébraient le chêne. Chez presque tous les peuples anciens on trouve des arbres sacrés, en partie réels, en partie idéalisés et élevés au rang de symboles cosmiques. Dans le christianisme, l’arbre est le symbole de la vie bénie de Dieu.

Plus simplement il m’arrive parfois d’embrasser, d’étreindre un arbre par pure attirance énergétique. J’en ressens alors beaucoup de consolation, de joie et de puissance. J’aime à penser que les nymphes, les elfes, esprits de l’air et du vent agitent leur feuillage d’un rire enfantin dont l’écho se répercute au fin fond des océans et rebondit là où quelqu’un est triste et a besoin qu’un souffle chaud lui caresse à nouveau la nuque et lui relève la tête avec douceur.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. laure dit :

    Au clair de la lune, mon amie Wangmo
    joue avec sa plume pour guérir nos maux
    parée de ses boas la chouette aux yeux bleues
    écoute tes flammes crépiter dans le feu

  2. Bernard dit :

    Et les souvenirs sont là.
    Il y a longtemps, très longtemps, je partais dans la forêt, seul, suivant un ancien chemin qui reliait le village de mes ancêtres, où je vivais, à la commune voisine. Ce chemin, tombé dans l’oubli et l’abandon de la vie moderne, (déjà à cette époque) se trouvait très vite encombré, voir impraticable. Et donc, un jour , décidant de ne pas « rebrousser chemin » comme à l’habitude, je décidais de contourner l’obstacles. Ce fut pour me retrouver pris dans des enchevêtrements de ronces, d’arbustes épineux, et dominés par des arbres qui n’avaient rien de sympathique, pour finir en proie à une réelle peur de rester prisonnier, de ne pas « m’en sortir ».
    Plus tard, j’ai refais ce chemin, avec ma fille et mon fils, séparément et ensemble. Ils avaient entre cinq et dix ans. La sensation de peur est revenue à travers un frisson, aux mêmes endroits, mais je leur indiquais où passer sans se faire mal.
    Plus récemment, un habitant du hameau voisin a fait une coupe de bois, empruntant un autre chemin remis en service par la pose d’une fibre optique,( celle qui fait circuler l’information à la vitesse de la lumière…!). Et j’ai retrouvé l’ancien chemin, la portion au nord de la partie impraticable de mon enfance! Il y avait encore plus d’arbres en travers, déracinés par les tempêtes, les glissements de terrains ou tout simplement par la vieillesse.
    Je ne cacherais pas que c’est avec une certaine fierté, une grande joie assurément, que j’ai traversé l’obstacle en quelques minutes. Le lieu inquiétant, avec ses ronces, est toujours là, mais il a vraiment perdu de sa puissance, ou alors …
    Aujourd’hui, cette forêt, pour moi, a repris sont statut de simple bois, dans le langage d’ici, que l’on traverse en une quinzaine de minutes, voir moins en mode jogging… Il est traversé par un petit ruisseau, très petit en période de sécheresse, mais capable de devenir un vrai torrent, que l’on va entendre rugir pendant plusieurs jours… Et capable d’avoir creusé , au niveau du lieu « inquiétant », un escarpement d’une vingtaine de mètres.
    C’est aussi un bois ou j’ai découvert, il y a longtemps, très longtemps, une petite clairière, si accueillante, que les fées, j’en ai la certitude, viennent y partager une tisane dont elles ont le secret en évoquant les dernières nouvelles de La Forêt… avec un Arbre Ent…

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