la vision du roi

Je tiens à dire tout de suite que je ne suis pas royaliste, par les temps qui courent on n’est jamais trop prudent(e) ! que je n’ai d’extrême que les belles passions qui animent le meilleur de mon caractère, que j’abhorre toute forme de prosélytisme déglingué, de despotisme arbitraire et castrateur qu’il émane d’un roi taciturne ou des masses volubiles, que la verve du verbe m’intéresse plus que la langue de bois niaiseuse émasculée de toute fantaisie qui sévit aujourd’hui un peu partout. Je ne vise par là personne mais si jamais vous y reconnaissez quelqu’un libre à vous de vous repentir de votre excès de lucidité.

Cet été j’ai visité les châteaux de la Loire, quelques uns, il y en a beaucoup et en trois jours de vacances on ne peut en arpenter qu’un petit nombre, surtout avec le transit vacancier où bouchonnent des foules en short et en sueur pour les plus célèbres de ces demeures ayant traversé les siècles, bien plus visitées aujourd’hui qu’elles n’ont été habitées autrefois. Enfin il y avait une Hélène dans un château ! (cf l’indien de Proust).

Nous avons commencé par le fameux Chambord que je m’imaginais fastueux à l’intérieur comme à l’extérieur avec ses tours et ses balcons à l’italienne où on pouvait être vu de partout, car à l’époque il fallait se montrer pour « épater la galerie » il paraît que l’expression vient de là, elle a fait son chemin depuis.

Et bien figurez-vous que Chambord est avant tout une « expérience architecturale » car bien que délirant en tout sens, y vivre relevait de l’exploit. Nous apprîmes de la bouche de notre guilleret guide que dix mille personnes pouvaient y être logé lors des garden party, aux alentours surtout, car à l’intérieur les places étaient limitées et réservées aux familiers du roi en quelque sorte, toutefois ce genre d’invitations « allez venez les dix mille on va s’éclater à Chambord» relevait quand même de l’exceptionnel. Où logeait-on tous ces gens ? Bonne question ! On les logeait dans des tentes au milieu des immensités verdoyantes, bosquets et autres recoins naturels. Et les cuisines ? pas de cuisine, on devait cuire à la broche les cerfs et autres bambis affolés que la chasse, passe temps favori de l’époque pourvoyait en grand nombre et pique niquer au soleil en chantant la madelon (ou un air équivalent) ou amener les plats à l’intérieur pour ceux qui préféraient profiter de la fraîcheur des murs et ronfler paisiblement sans être dérangé, en été ! Car bien sûr l’hiver pas question de loger là, un froid de canard tapissait les murs de colvert, et c’est peu dire ! de plus, pas de meubles car tout se transporte à l’époque donc on se déplace avec ses escargots mutants et toute son argenterie flanqué sur le dos des autres, imaginez comme ce doit être fatigant, éreintant, de déménager tous ses meubles le temps d’un week-end pour repartir avec à la fin !

« devinez où on va ce week-end ? à Chambord ! préparez les valises ! » « oh nan pas Chambord ! ».

Enfin à l’époque il n’y avait pas la télé donc on avait beaucoup plus de temps pour tout ça.

On peut dire quand même pour recentrer sur le propos qui nous occupe que :
Tous ces rois avaient des visions, certes régis la plupart du temps par leur ambition quasi démesurée (voire les dits édifices) et des rivalités politiques sournoises, (genre : se marier, annexer, répudier, mettre au monde un garçon, guerroyer, chasser l’intrus pendant que les femmes s’ennuyaient fermes à faire tapisserie, enfin ceci est une autre histoire je vous la raconterai un jour si vous me le demandez), bref rien que de l’humain en proie à ses passions les plus serviles, par ailleurs ils n’étaient pas que des brutes, ils avaient aussi des aspirations exprimées et tamponnées un peu partout (cheminées, plafonds, tentures etc) sous forme symbolique par des effigies qui re-doraient leur blason souvent mis à mal par la crasse du sang versé ici et là qui faisaient des trous de verdure dans des corps beaux et innocents, mais pas toujours.

Ces visions symboliques restent comme témoins intemporels d’une maison, d’une famille, d’un état d’esprit censé guidé les actes. Elles nous interpellent, nous parlent directement, nous plongent dans un autre monde que nous pouvons sentir puissant et porteur d’inspiration.
Ainsi la salamandre de François 1er, aussi petite bestiole que lui était anormalement grand pour l’époque, pas loin de deux mètres le gaillard, la salamandre dis-je à laquelle on attribuait le pouvoir de survivre aux incendies devint l’emblème de ce roi, de sa détermination, de l’empreinte qu’il souhaitera laisser et léguer à d’autres.

Comme toute emblème sa représentation visuelle en souligne les traits forts : la salamandre avale des flammes et crache des bulles, conclusion : « je m’en nourris et je l’éteins », entendez je me nourris du feu de l’affection, de l’amour, de la tendresse, de la présence des miens et je l’éteins le feu de la convoitise, des guerres et des conflits. Belle devise ! Mon propos n’étant ni politique ni historique je me garderai bien de dire si la réputation de François fut à la hauteur de cette maxime.

Dans l’approche des contes merveilleux ou ceux de sagesse, nous sommes tous roi et reine c’est-à-dire nous avons à prendre en main notre royaume, notre vie suivant une vision, une devise qui aide notre action et définit un état d’esprit conscient de la relation que nous avons avec les autres et de notre responsabilité dans le monde. Ce n’est pas le titre de roi qui compte mais la présence intérieure avec laquelle nous habitons cette vie, un mendiant peut être un roi, un enfant peut être un roi même une femme, rendez-vous compte !

Responsabilité signifie pouvoir répondre de nos actes en assumant la liberté qui y préside. Cela signifie aussi liberté de penser, de dialoguer, de faire des ponts vers d’autres royaumes, avec d’autres rois et reines. Un roi se soucie du bien être de son royaume et pour cela l’écoute, se déplace, va vers, rencontre et s’informe. Pour savoir gouverner un roi doit savoir se gouverner. Où va-t-il puiser ce savoir ? Dans ses différentes lignées mais aussi dans la singularité de ses dons qui définissent son apport et son rapport au monde, sa contribution en tant que conscience d’être au monde, un parmi d’autres. Les qualités d’un roi loin d’être l’arrogance et la soif de pouvoir sont la vision à long terme, l’humilité, le service, la noblesse de cœur, la justesse d’action.

Pour cela il s’agit d’entendre l’appel de la vie à mettre au monde notre cœur de roi, notre cœur de lion ou tout autre symbole porteur de l’énergie vivante avec laquelle nous allons de l’avant.

Même si nous sommes une simple ménagère ou un chef d’entreprise, qui que nous soyons il y a en nous un roi qui veut s’éveiller à sa nature visionnaire.

Pour affiner cette capacité à élargir sa vision et ressentir l’appel profond du cœur, nous devons nous mettre en résonances avec l’inattendu et nous ouvrir à d’autres niveaux de langage et d’imagerie directe. Bienvenue aux Racines de la présence.

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