Les fées des faits

Edouard Brasey, dans son livre « fées et elfes » nous dit que

Le « fada » dans le midi de la France, c’est l’innocent, le simplet, le fou du village, mais le fou « inspiré » car, s’il a perdu la raison, c’est qu’il a été touché par le doigt d’une fée. Les Ecossais emploient encore de nos jours le mot fey pour désigner un être poursuivi par la fatalité.
De nombreux lieux-dits, que la croyance populaire affirme être hantés par les fées, comportent le mot fade dans leur nom ; par exemple Le Réage aux fades, petite localité du Loir-et-Cher.
D’autres étymologies ont été avancées. Certains invoquent le verbe latin fari, qui signifie « prophétiser », et qui a donné le mot du vieux français faer, qui veut dire « enchanter, charmer ». Faer aurait ainsi donné faé, « enchanté », qui se serait progressivement transformé en « fée ».

Jeudi dernier, je descends du bus qui m’amène à Lyon, terminus Gorge de loup où je compte bien prendre le métro ligne D pour me rendre au rendez-vous avec Jean-Marc. Il s’agit de visiter une salle dont j’ai besoin cette année pour commencer le « parcours du héros » des jeudis mensuels.
Nous avons rendez-vous à 10h. Le métro est annoncé avec un retard de huit minutes, avec la foule qui abonde sur le quai, envahissant même les escaliers et celle qui ne cesse d’affluer de tous côtés, j’en déduis que les huit minutes sont passées depuis longtemps. Après un bref espoir il est annoncé que finalement la ligne D est réellement en panne pour un temps indéterminé. Cohue des matins frappés de guigne, tout le monde greffe son portable à son oreille, sauf ceux qui n’ont pas de patron ou de proches qui les attendent, quoiqu’on puisse juste appeler pour raconter l’évènement si on a le temps puisqu’il nous est miraculeusement donné ce matin!
Trève de plaisanterie, je n’en mène pas large non plus comme on dit car après la ruée dans le métro c’est à présent la ruée vers les bus ! Tout cela sous une pluie insistante qui présage un septembre fraichement arrosé dès son début !
J’ai rendez-vous à dix heures, rien de catastrophique pour l’instant. On annonce des navettes qui vont se mettre en place pour pallier aux déficiences du métro. Je dois me rendre rue Sergent Blandan, le mieux serait de trouver un bus qui va jusqu’à Hôtel de ville. L’heure tourne, mine de rien. Les gens font la queue devant les itinéraires des bus affichés sur des panneaux sous les abris.
Je laisse décanter, les navettes arrivent, quelques personnes courent après, tout le monde veut aller à Bellecour.
Finalement, je vois un bus qui décolle affichant Hôtel de ville, râté pour celui-ci ! Un autre va arriver sur une autre ligne, la dix neuf, dans dix minutes, c’est celui là que je vais prendre. C’est une bonne décision car le bus enchaine rapidement les arrêts, la circulation est fluide. Je décide de descendre aux Terreaux, je suis tout près de la rue Sergent Blandan, il est dix heure moins dix.
A dix heure pile, je sonne à la porte du Entretrois, situé au 33 de la rue, c’est ainsi que Jean-Marc a appelé ce lieu qui est le sien, qu’il a rénové et qu’il veut ouvert au dialogue, à un certain esprit de convivialité et d’échange. Il souhaite rencontrer les personnes à qui prêter son lieu, car il considère qu’il ne loue pas mais choisit les groupes en fonction du contact qu’il a avec la personne et de son activité.
Dès l’entrée le premier mot qui me vient et qui me restera à l’esprit tout du long est « charmant, c’est vraiment charmant ». Jean-Marc est une belle personne, avenante, souriante qui tout de suite me propose un café que nous prendrons dans les fauteuils de la véranda. Immédiatement je sens que l’endroit est propice à nos rencontres du jeudi, chers princes et princesses, sous le regard des bonnes fées qui l’habitent. Jean-Marc le pense-t-il aussi ?
Nous discutons, visitons les différents espaces du lieu, ce qui décuple encore son charme. Tout est arrangé avec goût, un sens certain de la beauté et de l’accueil. Tous les détails me ravissent. C’est un peu comme le quai d’Harry Potter. Alors que la rue peut-être bruyante et passante, lorsque l’on entre dans cet espace, un peu caché et légèrement en retrait, sous la verdure dense de ce que j’appelle la véranda ou la verrière donnant sur la rue, hop ! on se retrouve sans délai dans un espace médian où le merveilleux nous attend.
Après une heure et demie d’échanges, nous nous quittons, les clés du royaume au fond de mon sac.
J’avais fait remarquer à Jean-Marc que le 3 est familier aux contes, que ce n’est pas rien ! Il me confirme qu’il n’a pas choisi ce nom Entretrois par hasard, qu’il a écouté les heureuses coïncidences pour se décider, inspiré par l’esprit des lieux, de l’environnement et de ses propres valeurs.

Ce n’est pas fini, c’est comme certains contes on pense que c’est fini mais non ce n’est pas encore fini. Vous ne savez pas ce que j’ai fait l’après-midi ? Figurez-vous que j’avais un autre rendez-vous, cette fois-ci pour visiter un cabinet (de fées comme dirait Mme d’Aulnoy) où se passeront les entretiens thérapeutiques programmés dans mon calendrier et qui doivent commencer dès la semaine prochaine.

Entretemps nous nous étions donné rendez-vous avec Patricia, princesse avertie de qiconte mais c’est une autre histoire !pour grignoter un bout. Nous nous retrouvons à Gorge de Loup à la sortie du métro qui pour le retour a fonctionné. Nous marchons en papotant, j’ai rendez-vous au cabinet paramédical de Francis, au 50 rue Grange, à 14h. Nous avons un petit peu de temps. Patricia m’emmène chez elle à deux pas boire un café que son prince est allé nous faire.
Patricia décide de m’accompagner au rendez-vous, elle connait Francis et loue le même local pour des massages. 14h, 14h15, 30… toujours pas de Francis. Nous décidons de nous manifester. J’appelle avec mon nouveau portable qui coupe le sifflet des personnes qui me parlent, agaçant ! Ainsi aussitôt entendue la voix de Francis, aussitôt disparue !Patricia a plus de chance, elle me le passe. Francis n’a pas noté le rendez-vous, il a oublié, en tous cas nous devions à son avis nous rappeler, j’avais compris autre chose, (sans doute à cause de ce satané portable qui avait interrompu la conversation, trop tard! on ne saura jamais) bref il me dit qu’il peut être là dans un quart d’heure si je peux attendre. Nous attendons avec Patricia en parlant de la difficulté de trouver des salles, de l’esprit des personnes qui louent, de comment trouver des lieux en ville etc.
Francis arrive, il est mal voyant, a une jolie barbe blanche et une mine joviale.
Sa voix au timbre très particulier au téléphone me l’avait fait imaginer tout au contraire brun et ténébreux, avec un profil d’oiseau. C’est la même voix que je retrouve, je confirme donc que Francis porte en lui un magnifique corbeau, d’ailleurs il évoquera cela incidemment dans la conversation à propos des contes, alors que cette intuition m’était venue en entendant sa voix au téléphone.
Car Francis qui est kinésithérapeute est aussi passionné par le conte. Plusieurs personnes lui ont déjà parlé de moi et il est intéressé par le travail que je propose. Si le temps lui permet, il viendra un week-end.
Après avoir visité les lieux à deux pas du métro gorge du loup, et de mon bus pour repartir, après notre chaleureux échange sur les contes, je suis convaincue que je ne peux pas trouver meilleure situation.
Je repars avec les clés du royaume au fond de mon sac. C’était une drôle de journée, avec de belles rencontres, sous le regard étoilé des fées que je remercie, je reprends le bus vers St laurent.

Extrait de Fées et elfes d’Edouard Brasez, chez Pygmalion :

le mot « fée » remonte au Moyen Age, autour de 1150. Dans le pélerinage de Charlemagne, une fée, nommée Maseut, exécute un magnifique dessus de lit, tandis que dans l’Estoire des Engeis de Geffrei Gainmar, Elftroed est si belle qu’Edelwold la prend pour une « fée ».
Selon une étymologie généralement acceptée, poursuit-il, «fée» découle du latin fatum, le destin, et de fata, nom désignant la déesse des destinées dans les inscriptions latines.
Chez les romains, les fata étaient assimilées aux nymphes, sylvains et autres divinités secondaires de la nature, dont il fallait s’attirer la bienveillance grâce à des autels champêtres recouverts d’inscriptions propitiatoires. L’ethnologue folkloriste Alfred Maury (1817-1892) rapporte à ce sujet : « Tantôt c’est une praefectus aquae qui, sur les bords du Rhin, dresse un autel aux nymphes qui président aux ondes sacrées du fleuve ; tantôt c’est une druidesse, Arète, qui, sur l’ordre d’un songe, consacre un ex-voto aux sylvains et aux nymphes du lieu ; une autre fois, ce sont des charpentiers (tignarii) de Feurs qui réparent un temple de Sylvanus ou Sylvain. Ne voilà-t-il pas des monuments qui attestent que le culte des bois, des eaux et des fontaines s’était conservé dans la Gaule pendant la domination romaine ? »
Dans la mythologie gréco-romaine, les nymphes portaient des noms différents en fonction des lieux de la nature au sein desquels elles résidaient. Ainsi, les dryades étaient consubstantielles aux chênes ; les hamadryades hantaient les autres arbres ; les napées rampaient dans les vallées ; les oréades se dissimulaient dans les montagnes et dans les grottes. Les naïades s’immergeaient dans les fontaines et les rivières ; les néréides se fondaient dans les océans et les mers tandis que les sirènes, représentées à l’origine comme des oiseaux à tête et poitrine de femme tenant une lyre puis, plus tard, affublées d’une queue de poisson, vivaient retirées sur des îlots rocheux vers lesquels elles attiraient, au moyen de leurs chants ensorcelants les navigateurs imprudents. Les sylvains, enfin, couraient librement dans les forêts et les champs. Quant aux sylphes et aux sylphides, habitants de l’air, ils s’apparentaient au peuple des elfes.
(…)
Ces nymphes gréco-romaines, aïeules des fées et des elfes, étaient considérées tantôt comme des bienfaitrices, tantôt comme des démons malfaisants. Dans son dictionnaire infernal, Collin de Plancy précise :
« Nymphes : démons femelles. Leur nom vient de la beauté des formes sous lesquelles ils se montrent. Chez les Grecs, les nymphes étaient partagées en plusieurs classes : les mélies suivaient les personnes et les provoquaient par leurs paroles inconvenantes. Elles couraient avec une vitesse inconcevable. Les nymphes genetyllides présidaient à la naissance des humains, assistaient les enfants au berceau, faisaient toutes les fonctions de sages-femmes, et leur donnaient même la nourriture. Ainsi, Jupiter fut nourri par la nymphe Mélisse.
« Ce qui prouve que ce sont bien des démons, c’est que les Grecs disaient qu’une personne était remplie de nymphes, pour dire qu’elle était possédée des démons : du reste des cabalistes pensent que ces démons habitent les eaux, ainsi que les salamandres habitent le feu ; les sylphes l’air ; et les gnomes ou pygmées, la terre. »
Les Italiens ont conservé ce mot de fata pour désigner les fées, tandis que les Provençaux et les Languedociens l’ont converti en fada, ou fade.
Le « fada » dans le midi de la France, c’est l’innocent, le simplet, le fou du village, mais le fou « inspiré » car, s’il a perdu la raison, c’est qu’il a été touché par le doigt d’une fée. Les Ecossais emploient encore de nos jours le mot fey pour désigner un être poursuivi par la fatalité.
De nombreux lieux-dits, que la croyance populaire affirme être hantés par les fées, coExtrait de Fées et elfes d’Edouard Brasez, chez Pygmalionmportent le mot fade dans leur nom ; par exemple Le Réage aux fades, petite localité du Loir-et-Cher.
D’autres étymologies ont été avancées. Certains invoquent le verbe latin fari, qui signifie « prophétiser », et qui a donné le mot du vieux français faer, qui veut dire « enchanter, charmer ». Faer aurait ainsi donné faé, « enchanté », qui se serait progressivement transformé en « fée ».
Une chose est sûre : dès l’origine, les fées sont associées aux idées de destinée et de sort, bon ou mauvais. Elles sont les cousines des Parques, des Moires et des Nornes, ces fileuses de vies et de destins qui se trouvent à la base des mythologies des la création du monde.
Divinités féminines et fécondes, les fées appartiennent aussi bien au panthéon latin qu’à celui des Celtes. Les Anciens les représentaient souvent sous les traits de trois femmes tenant dans leurs mains des fleurs, des fruits et des pommes de pin, symboles d’abondance et de prospérité. Le symbole de la trinité est en effet étroitement lié aux fées ; ainsi, ce sont trois fées qui auraient bâti, à côté de Tours, le légendaire château des fées ; trois fées blondes auraient édifié des pierres druidiques à Langeac, dans le Velay ; à Sinzheim, en Allemagne, les paysans ont observé trois demoiselles blanches qui s’en vont filer à la veillée d’Epfenbach. Car les fées sont essentiellement des fileuses ; fileuses de mystère, de vies, de destins et de prophéties.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Andrée Lémery dit :

    Les fées des faits avaient bien fait les choses car elle avait portée jusqu’à mes oreilles ta rencontre avec Jean-Marc. Ma fée s’appelle Catherine, habite montée de la Grande Côte et elle est une amie de Jean-Marc. De plus ayant habitée, enfant, le 33 rue Sergent Blandan, ce quartier m’apparaît souvent dans mes rêves d’adulte et mes petits pieds d’enfant ont souvent arpenté la Grande Côte. Que d’heureux présages.
    Andrée

  2. plumesioux dit :

    En recevant ton commentaire, je viens de vérifier l’adresse, les fées veillent au grain! en fait c’est bien le 33 rue Sergent Blandan et non le simple 3 indiqué au départ, je viens de corriger! donc c’est chez toi alors?

  3. Andrée Lémery dit :

    Effectivement l’allée qui m’a vu enfant est bien le 33 rue Sergent Blandan. Nous habitions au 6ème étage, sans ascenseur (!), et il fallait traverser une très longue allée dans le noir, source de beaucoup d’angoisse, pour arriver dans une cour qui voyait à peine le jour et qui ressemblait à un puits, et j’ose à peine évoquer les miasmes que l’on trouvait au pied de l’escalier et par dessus lesquels il fallait sauter pour ne pas tomber dedans… Et dire que maintenant ce lieu alimente agréablement mes rêves d’adulte. Il va falloir que j’aille y voir de plus près… avec les fées des faits, s’entend…

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