Que devient la pratique de la méditation face à la maladie ?

Bibikroms – MNGuyot

C’est une question qui m’a déjà été posée. Sa formulation contient un implicite sur la méditation : que la méditation ne ferait pas le poids face à la maladie. Au sens où elle ne serait pas suffisante, peut-être, s’envolerait ou qu’elle s’exclurait l’une l’autre. La méditation contre la maladie. Au terme d’un combat, d’une lutte dont l’issue -on aimerait- serait que la vie gagne, sans certitude si ce n’est un espoir comme un hameçon par où mordre la vie. A moins que ce ne soit la vie qui nous morde en permanence, nous rappelant ce corps livré à la mort ?

Une vie excluant la mort et ses acolytes, une vie allant dans le sens de l’immortalité, du maintien du château de cartes ambulant que nous sommes.

La maladie, la mort tendrait vers l’écroulement absolu ? Touché ! Il y a là quelque chose de juste, avouons le sans faux semblant..
Nous pourrions nous amuser à inverser la question : que devient la maladie face à la méditation ? Mais de quelle méditation parle-t-on ? D’une technique qui résoudrait tous nos problèmes ? ou d’un état de présence inconditionnelle incluant toute la réalité telle qu’elle est ? dans ses déploiements de cycles en cycles, avec leurs imprévus et leurs variables incontrôlables ? Autant dire la vie telle qu’elle est déjà, entre factures de téléphone, nettoyage des toilettes, école des enfants… et dieu dans tout ça, et la libération, et l’éveil ?

Bibikroms – MNGuyot

Méditer est exactement mourir sur le champ. Connaissez-vous un autre imprévu aussi radical que celui-ci ? Un saut dans la mer vide des nuages, rien à combattre quand tout se résout dans l’instant. Cette résolution équivaut à une acceptation de la dissolution de ce à quoi nous sommes attachés ou qui nous attache sans que nous puissions en soupçonner l’ampleur. N’est-ce pas la meilleure préparation à la mort dont la maladie est un signe précurseur de défaillance et d’échec de l’ego à se maintenir sous contrôle. Et même l’ego à ce moment là qu’en avons nous à faire ? Un concept ridiculement obsolète ! Comme une plage que la mer recouvre emmenant avec elle la blague que nous sommes. Allons nous en rire ou nous en désespérer ?

Les blagues ne sont pas toujours du meilleur goût me direz-vous. On se passerait bien de certaines. Quand la vie semble nous jouer de mauvais tours et ramène des avatars de souffrance sur le devant de la scène. Vous êtes bloqué au carrefour ? Expérience révélatrice, voire libératrice !

Payer, nettoyer, éduquer, et dieu dans tout ça, et la libération, et l’éveil ? Exactement là où vous êtes, ne bougez surtout pas, établissez le contact, ralentissez, accélérez, jetez la clé de vos attentes, de vos idéaux, de tous vos rôles, y compris de bon pratiquant, voilà vous y êtes, exactement là, laissez-vous faucher par le non instant qui vient sans prévenir de l’a-venir immédiat. Vous voilà renversé, c’est à cet endroit précisément que vous reconnaissez l’absence d’envers. C’est ce qui change tout.

Évidemment si vous comprenez cela, vous êtes à côté de la plaque. Rassurez-vous, vous serez bientôt à nouveau bloqué, au prochain carrefour, changez de direction.

Malades, nous le sommes tous, de la maladie, de l’illusion, de la séparation et de la dualité, de l’entêtement forcené à tout vouloir réifier. Ce n’est pas faux de le dire mais le risque de retomber en enfance spirituelle n’est pas loin… alors méfiance. Cela n’élude d’ailleurs pas la souffrance que l’on peut ressentir dans l’illusion même. Être malade, selon le degré de rapprochement de la mort que cela induit, réveille notre dégoût de tout. Il n’y a rien à préserver, tout est à perdre. Tout est à perte, on ne peut plus jouer la comédie, on se retrouve seul dans la solitude d’une nuit noire et sans étoiles. Aimez-vous la nuit noire ? Si vous y êtes en sachant que vous la regardez, il y a de fortes chances pour que oui, mais sans cela ? tel un puits sans fond où rien ne peut plus résonner, le gouffre le plus absolu où vous n’avez pas d’autre choix que l’aisance amicale d’un total lâcher-prise. Une nuit noire où l’espace minéral déliquète notre habit de chair et nous rend à la vacuité d’où nous ne sommes jamais né et pourtant si. Déroutant non ?

Que devenons nous face à la perte ? Félix saute de sa capsule…

Un vaisseau qui largue les amarres et se prépare à dériver dans la plénitude du courant ;

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. pirot dit :

    « Vous voilà renversé, c’est à cet endroit précisément que vous reconnaissez l’absence d’envers. C’est ce qui change tout. »
    C’est exactement ça, cet été j’ai été renversée au sens figurée comme au sens propre… Et ça m’a fait cet effet là, celui que vous décrivez si bien. J’ai bien vu mes attentes, mon rôle de bon pratiquant, la tension au lieu de lâcher… Et puis le guide m’a montré le chemin du lâcher. Comme je lui suis reconnaissante !

  2. Asselberghs dit :

    Bonjour Wangmo,
    Ma fille a un chien en fin de vie (13 ans) – cancer du foie. Il s’est très affaibli en un mois. Toutefois, à ce jour, il ne souffre pas.
    Souhaitant avoir l’attitude bienveillante vis à vis de ce départ iminant, si la souffrance devait prendre le pas, devrait elle le conduire chez le vétérinaire ou l’accompagner dans la souffrance. C’est un animal qui a toujours été habité par l’amour et la bienveillance.
    Ma fille et ses enfants te remercient de l’aide qui tu leur auras apportée.

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