Comment reprendre contact avec ce que l’on ressent ?

Création Karine Barbier
Création Karine Barbier

Reconnaître ce qui s’élève, à l’instant présent, en notre corps/cœur/esprit indissociés est la première étape. Pour éveiller cette reconnaissance, le questionnement est un fil de confiance que nous pouvons suivre pour nous aider à nous reconnecter à ce qui est présent.
Comment les émotions se manifestent-elles dans mon corps ? Comment se traduisent-elles dans mon esprit ? Suis-je confus, en détresse, en colère, apeuré, attaché, plein d’espoir ?
Souvent approcher la reconnaissance des émotions prend une allure trop simpliste : on a tendance à être grossier voire à en rester au niveau d’abstracts : il y aurait la colère, le désir, la jalousie etc.
Ce qui peut dans un premier temps avoir valeur pédagogique finit dans l’expérience quotidienne par brouiller les pistes et engendrer de la confusion. Rappelons que les émotions peuvent se combiner entre elles, que l’une peut cacher l’autre, que le jeu a d’infinies variétés et subtilités sur lesquelles on passe trop rapidement, même si cela est dit dans l’enseignement, car bien sûr tout y est dit. Il manque juste parfois la passerelle pour se rencontrer sans malentendu.
Reconnaître est donc liée à une finesse d’observation qui se développe avec l’entraînement à l’attention. Il s’agit d’aiguiser le voir, avec la précision et la rigueur de la vérité.
Mais comment reconnaître ces kaléidoscopes émotionnels si nous sommes déconnectés de nos sensations ?
Pour reconnaître l’émotion dans son potentiel d’énergie alchimique, nous apprenons, en exerçant l’attention, à reconnaître en deçà de l’émotion, les sensations présentes, à les accepter pleinement, totalement, à 100 %. En fait, nous apprenons à permettre, à donner l’autorisation à toute l’expérience d’être là, de se dérouler sans l’interrompre. Ce sont des mots qui semblent galvaudés : permettre, donner l’autorisation, oser, cela prend parfois les allures d’un adage new-age insipide et permissif, mais ne vous fiez pas qu’aux apparences, il peut s’agir d’un conseil pertinent que votre cœur vous saura grée de lui avoir donné.

Sous le bavardage mental, derrière la peur de prendre contact avec soi, il y a la vérité des sensations : est-ce agréable ? désagréable ? Ou neutre ? Une fois posées ces questions qui nous ouvrent à aiguiser notre perception présente, nous pouvons laisser se manifester les tonalités, ambiances et couleurs de l’expérience du moment. Très vite, des histoires, fruits de nos conditionnements, des croyances pleines de certitudes, des énergies d’habitude inconscientes surgiront pour nous déconnecter à nouveau et voiler l’instant frais et libre.
Voir englobe la capacité à déceler ces bavardages qui nous détournent du changement possible et à les lâcher sans concession. Parfois même rire de la poupée ventriloque qui ramène toujours sa fraise sur le devant de la scène. Voir est pourvu d’un humour qui déverrouille les cécités les plus tenaces. Parfois, comme cela, en un instant, le vent du voir balaie soudain les somnolences incrustées depuis des lustres. L’apprentissage du lâcher prise est l’apprentissage d’une absence de concessions envers nos automatismes, nos identifications langagières, nos engourdissements routiniers que nous remettons rarement en doute. S’il y a un effort à faire, il est là, dans cette capacité à remettre en question les lignes toutes tracées d’un destin totalement conditionné par l’ignorance de comment je fonctionne. Cela doit être vu, compris et transformé.
J’ai lu, il y a longtemps, dans un livre d’Arnaud Desjardins, cette phrase qui m’a marquée : « qui sème une pensée sème une habitude, qui sème une habitude sème un caractère, qui sème un caractère sème un destin ». Quelles sont les pensées, croyances, habitudes inconscientes qui nous tiennent sous leur joug ? Regardons notre vie, nos réactions, pour mieux nous comprendre en comprenant comment l’esprit fonctionne et comment il est aussi possible de se délivrer de ses carcans et de changer de direction, en soi, et dans sa vie. Il s’agit d’envisager d’abord que c’est possible. Il est possible de se permettre, de s’autoriser à prendre une autre direction, un autre chemin que celui de la souffrance inutile que l’on s’inflige sans le savoir ou par attachement au connu.

vda012_5Reconnaître la sensation est la possibilité de voir nos réactivités à l’œuvre, combien nous sommes peu neufs, comment nous procédons toujours de la même façon, nous avons toujours les mêmes réponses. Cela, les sensations nous le montrent, si nous nous mettons à leur écoute, de façon spacieuse et sans jugement. S’y relier est aussi la seule possibilité de s’éveiller à leur nature impersonnelle et vide.
Lorsque l’on nous invite à faire face à ce que l’on ressent, il y a la peur de se sentir débordé, voire de souffrir, la peur de ce que nous allons découvrir, surtout si nous fonctionnons sur le déni. Pourtant si nous prêtons attention aux sensations et à nos états émotionnels, nous verrons qu’ils sont comme des vagues qui manifestent l’énergie de la mer. Dès que nous reconnaissons, investiguons et acceptons pleinement nos sensations et nos émotions, nous commençons en fait à nous libérer de leur emprise. Nous pouvons même les regarder avec la bienveillance de la réalité, c’est-à-dire qu’en faisant face à la réalité de nos états émotionnels, de notre histoire et de l’instant tel quel, nous nous approchons de notre propre vérité, ce qui procure toujours un sentiment de soulagement et de détente inévitable. Ce sont là les signes qui, indiscutablement, nous montrent que nous nous rapprochons de notre cœur, de notre vérité, la vérité de ce qui est. Parfois beaucoup de chagrin, de détresse, de plaies restées à vif se montrent. Nous pouvons rester en leur présence et laisser les événements, images, sensations qui y sont reliés apparaître.
Parfois, nous aimerions nous débarrasser de notre humanité plutôt que d’y faire face. Nous aimerions croire que nous pouvons guérir d’être humain, c’est-à-dire fragile, vulnérable et sans contrôle sur les grands cycles de naissances et de morts qui traversent une vie. Nous sommes comme des enfants, ayant d’ailleurs souvent un rapport infantile à la sagesse et à celles et ceux qui la délivrent. Parfois il semble que nous ne cherchions pas la liberté, l’autonomie et l’émancipation de toutes formes de joug mais au contraire que nous avons envie de nous en remettre à quelqu’un pour qu’il fasse le travail pour nous, à notre place, (celles et ceux qui viennent aux ateliers de constellations savent combien se paie cher le fait de ne pas être à sa place ou de ne pas la prendre).
Cela est illusoire, enfantin et dangereux. Si libération il y a, autonomie, émancipation et confiance en sa propre vérité et capacité à cheminer sont entre les mains du bouddha que nous sommes. C’est à cette condition que nous pourrons aussi développer et délivrer le potentiel qui est en nous, au service de la vie et de l’amour. Telle la princesse, ensorcelée par une mauvaise parole de souffrance, reçoit le baiser coupeur de mental. Ainsi tout baiser est vérité du sceau/saut dans la flamme de l’instant qui consume, par son pouvoir de transformation, ce qui doit l’être, toutes les tendances à nier l’expérience. La vie reprend alors son cours, avec elle le royaume entier sort de sa torpeur et déploie naturellement ses richesses et ses activités. Il y a en nous tout un royaume plus vaste que le carré d’un mouchoir, nous pouvons si nous changeons notre regard, le vivre en volume et en jaillissement d’inspiration et de créativité. Du mouchoir alors s’envoleront les oiseaux sensationnels des mots, des couleurs, des silences et des songes pour raconter l’histoire de ce qui n’en a pas.

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