Danser sur un air que nous ne contrôlons pas… combien de temps cela peut-il durer ?

Extrait de who loves dies well – David Brazier (Dharmavidya), auteur de Bouddhisme et psychothérapie (traduction de Zen Therapy) et beaucoup d’autres livres en anglais. Il est psychothérapeute, enseignant du zen et particulièrement impliqué dans le développement de la psychologie Bouddhiste. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années et avons gardé un lien et une appréciation mutuelle.

DAVID BRAZIERL’esprit du bouddhisme est de tourner son cœur et son esprit vers la réalité. Il y a, bien sûr, des personnes qui pensent que cette réalité signifie simplement ce que nous expérimentons en tant qu’êtres vivants durant cette vie. De ce point de vue, la mort ne serait pas quelque chose. L’attention resterait ici jusqu’à ce que tout s’arrête. Alors que nous mourons, cependant, quelque chose d’autre semble nous faire signe. Quand quelqu’un est en train de mourir nous n’avons pas l’impression qu’il ne se passe rien. Quand j’étais moi-même proche de la mort il me semblait terriblement important de bien franchir cette étape, même si je savais aussi que « cela » ne serait vraiment connu comme tel que quand cela se déroulerait.

La mort est la grande inconnue. Par définition, nous ne pouvons connaître sa nature, même de seconde main. Si une personne peut encore communiquer avec nous, alors nous ne pouvons la considérer comme morte. Bien sûr, il y a les spiritualistes qui croient pouvoir communiquer avec les morts, ils pensent vraiment qu’ils communiquent avec des êtres, vivants à présent d’une nouvelle manière. Dans les textes bouddhistes, le Bouddha et quelques uns de ses disciples, comme Maudgalyayana, semblaient avoir développé des capacités de communiquer avec des êtres d’un autre monde.

Il est rapporté que le Bouddha, sur son lit de mort, demanda à un moine de ne pas s’asseoir en face de lui parce que le moine obstruait sa vue des nombreux êtres célestes qui s’étaient rassemblés pour être avec lui dans sa dernière heure. Ces êtres célestes n’étaient visibles ni du moine ni des autres personnes présentes. Un matérialiste en conclurait probablement que le Bouddha était en train de délirer. Cependant, le Bouddha parla à ces êtres célestes de nombreuses fois durant sa vie et ces conversations faisaient partie intégrante de la voie qu’il suivait et de la signification de celle ci. L’univers de Bouddha semble avoir grouillé de vies invisibles pour nous et les conversations qu’il avait ne semblent pas l’avoir rendu fou, au contraire elles semblent avoir fait de lui un être plus sain que la moyenne.

Lorsque des événements importants étaient en cours, le Bouddha disait : « les dévas sont rassemblés ». Nous pouvons constater, alors que le Bouddha était certainement un grand philosophe et un grand penseur, mais qu’il était aussi ce que nous pourrions appeler maintenant un shaman. Sa vie était vécue à la frontière entre ce monde et un autre, et, probablement, beaucoup d’autres mondes.

La frontière entre l’imagination et l’expérience est impossible à dessiner. La vie est dominée par l’imagination. L’image d’une personne comme machine n’est pas moins un acte d’imagination que l’image d’une personne comme esprit. De nombreuses choses importantes dans nos vies sont des imputations. Des personnes meurent pour leur pays, par exemple, mais les pays sont une construction purement humaines. Ils n’existent que dans la mesure où des personnes s’accordent à les imaginer.

Les personnes que nous sommes, éduquées de façon moderne, sommes systématiquement sceptiques au sujet de ces approches vitalistes plutôt que mécaniques, mais nous pouvons comprendre que c’est juste une manière différente d’entraîner son imagination, d’une façon plutôt qu’une autre. Il n’existe de preuves évidentes ni d’un côté ni de l’autre. La vue mécanique, par exemple, échoue singulièrement à expliquer ce qu’est la vie ou son origine. Bien sûr il y a pléthore de spéculations mais absolument aucune démonstration. Entre paradigme mécanique d’un côté et vitaliste de l’autre, nous sommes continuellement en train de dire que la science est juste sur le point de découvrir « l’origine de la vie ». Pourtant cela ne s’est jamais produit. La vie reste un mystère pour la science. La vie reproduit, mais elle ne peut pas le faire à partir de matière non vivante. Les êtres vivants peuvent dévorer des éléments non vivants et, pour ainsi dire, faire de la vie, mais la matière non-vivante ne peut s’autogénérer. C’est une défaite fondamentale pour le matérialisme, malgré cela, les conséquences philosophiques qui en découlent n’ont jamais été réellement appliquées. L’écart qui subsiste est basé sur l’hypothèse que la science à la fin triomphera. En fait, cette hypothèse n’est ni plus ni moins qu’une croyance dogmatique. Qui sait ? Assis à côté d’une personne mourante, on réfléchit sur bien des choses.

Nous, les humains modernes, avons appris à beaucoup nous intérioriser. Si le Bouddha a vu des êtres célestes, alors nous pensons que cela est une projection de son esprit. Cela doit venir de l’intérieur de lui. Actuellement nous avons juste une petite idée de ce que l’esprit est réellement et de comment devrait être un être céleste, de ce qui est « intérieur » ou « extérieur », bien sûr ce sont des concepts très glissants. Un être humain n’est pas isolé. Des flux de communications le traversent en permanence, venant de sources diverses. Nous sommes moins les maîtres de notre territoire que nous aimons à le penser. Il y a une communication subtile avec ce qui vit autour de nous, l’environnement physique et nous ne savons pas où cela s’arrête, il est extrêmement difficile de savoir où se trouve la limite. Nous pouvons l’exprimer en termes d’atmosphère ou de résonance. Nous sommes directement affectés par les humeurs des autres. Un être humain est une sorte de récepteur, comme un brin d’herbe tremblotant dans le vent, répondant à chaque léger changement dans l’air ambiant. Quand le Bouddha s’éveilla, à quoi s’éveilla-t-il ? Qu’avait-il compris si clairement et si définitivement ? Le contenu de son éveil est rapporté dans des termes plutôt formels. Cela est appelé : l’origine co-dépendante. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que chaque battement de cœur, d’humeur, que chaque impulsion en nous est une réponse. Cela veut aussi dire, que ces réponses ne sont pas claires, fraîches et neuves. Elles sont plutôt des réponses périmées qui tournent en rond dans de vieux schémas habituels de sorte que nous sommes aveugles à notre propre cécité.

Chacun donc, vit à l’intérieur de son propre paradigme ou cadre de référence, pensant ainsi que sa vie est cohérente et pleine de sens , ne réalisant pas qu’il est en train de danser sur un air qu’il ne contrôle pas. « Comme une flamme dans le vent – combien de temps cela peut-il durer ? » commente le sage Shan Tao.

Tiens ça me donne envie de relire le conte les souliers rouges, pas vous ?

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. claudine chevalier dit :

    oui, les souliers rouges …. une envie de retrouver ses vraies racines, d’être son propre héros pour plus de clarté.

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