Et si nous donnions la parole aux oiseaux ?

Nous prenons plaisir à nous familiariser lors de l’atelier du jeudi avec la Conférence des oiseaux et donc, avec le langage de ces drôles d’oiseaux qui nous ressemblent un peu, un peu tellement que nous pouvons nous lire à travers eux.

IMG_0337Anne, qui participe à l’atelier, stimulée par l’énergie légère et puissante de ces volatiles et par les consignes créatives que nous nous étions donnés dans le mois, nous a offert un jeu magnifique, celui des 30 oiseaux du Simorgh. Admirez ces magnifiques cartes, chacune dessinée par ses soins, avec le résumé du message de l’oiseau. J’ai décidé ce matin de tester pour nous tous ce « tarot du simorgh », ainsi nommé pour l’instant, en vous offrant un tirage de trois cartes à faire résonner en vous, en lien avec vos questionnements ou votre humeur du moment. Parmi les trois vous pouvez choisir celle qui vous parle le plus aujourd’hui.

Les oiseaux qui se sont envolés sont :

Le rossignol

Le front haut, l’âme ardente, tu chantes.
Ton babil est illuminé d’évidence divine.
Chaque note offerte à l’air bleu

Met au monde un univers.
Ta voix si juste est accordée à ton coeur

Le merle

Si tu n’est pas un merle à oser
ce fol élan vers l’impossible,
alors reste sur ton cerisier
Tu ne verras jamais s’ouvrir
L’impalpable porte du ciel

Le coucou gris

Pauvre cervelle de linotte
dans un crâne de profiteur
Ton espace bruisse de bontés
la vie t’offre un festin de sultan
Chaque matin qui vient au monde!

IMG_0030Alors Rossignol, Merle ou Coucou gris ? Si vous le souhaitez, vous pouvez partager vos résonances.

Par le biais du conte et de la langue allégorique et symbolique, les soufis sont parvenus à suggérer des réalités intérieures là où l’exposé philosophique avait ses limites. Dans ce récit, Chihab al-Din Yahya Suhrawardi identifie l’homme à un faucon retenu captif par un oiseleur.

Un ami d’entre mes amis les plus chers me posa un jour cette question :
« Les oiseaux comprennent-ils le langage des uns et des autres?
– Certes répondis-je, ils le comprennent.
– D’où en as-tu eu connaissance? rétorqua mon ami.
– C’est qu’à l’origine des choses, lorsque celui qui est le Formateur au sens vrai, voulut manifester mon être qui n’était pas encore, il me créa sous la forme d’un faucon. Or, dans le pays où j’étais alors, il y avait d’autres faucons ; nous parlions les uns avec les autres, nous écoutions les propos les uns des autres, et nous nous comprenions mutuellement.
– Fort bien, dit mon ami, mais comment les choses en sont-elles arrivées à la situation présente?
– Eh bien voici : un jour les chasseurs Décret et Destinée tendirent le filet de la Prédestination ; ils y mirent en appât le grain de l’attirance, et avec ce moyen réussirent à me faire prisonnier. De ce pays qui avait été mon nid, ils m’enlevèrent dans une contrée lointaine. mes paupières furent cousues ; on serra autour de moi quatre espèces d’entraves ; enfin dix geôliers furent commis à ma garde : cinq ayant le visage tourné vers moi et le dos en dehors, cinq autres en dos à dos avec moi, le visage tourné vers l’extérieur. Les cinq qui avaient le visage tourné vers moi et le dos vers l’extérieur, me maintinrent si étroitement dans le monde de l’hébétude, que mon propre nid, le pays lointain, tout ce que j’avais connu là-bas, tout cela je l’oubliai. Je m’imaginais que j’avais toujours été tel que j’étais devenu.
Lorsqu’un certain temps eût passé ainsi, mes yeux se rouvrirent quelque peu, et dans la mesure où ils étaient capables de voir, je me mis à regarder. De nouveau je commençai à voir les choses que je n’avais plus vues, et j’en étais dans l’admiration. Chaque jour, graduellement, mes yeux se rouvraient un peu plus, et je contemplais des choses qui me bouleversaient de surprise. Finalement, mes yeux se rouvrirent complètement ; le monde se montra à moi tel qu’il était. Je me voyais dans les liens que l’on avait serrés autour de moi ; je me voyais prisonnier des geôliers. Et je me disais à moi-même : « Apparemment il n’arrivera jamais que l’on me débarrasse de ces quatre entraves ni que l’on éloigne de moi ces geôliers, pour que mes ailes puissent s’ouvrir et que je prenne un instant mon envol, libre et dégagé de toute contrainte. »

Chiha al-Din Yahya Suhrawardi, « Le Récit de l’archange empourpré », in L’Archange empourpré. Quinze traités et récits mystiques, Paris, Fayard, 1976, traduction du persan par Henry Corbin.

IMG_0036C’est aussi par l’exemple que les maîtres soufis ont transmis l’essentiel de leur savoir mystique. Nombre de leurs disciples se sont faits hagiographes pour laisser une trace des enseignements et témoigner de leurs miracles. C’est sous cette forme que nous sont parvenues, entre autres, les entretiens de Rabi’a (IXème siècle), la figure emblématique du soufisme féminin, avec le célèbre ascète irakien Hasan al-Basri.

On rapporte que Hasan Basri disait : « Je restai une nuit et un jour auprès de Rabi’a, discourant avec tant d’ardeur sur la voie spirituelle et les mystères de la vérité que nous ne savions plus , moi, si j’étais un homme, et elle, si elle était une femme. Lorsqu’à la fin nous terminâmes cette discussion, je reconnus que je n’étais qu’un indigent et elle une riche au coeur sincère. »
[…] Et il ajouta : « O Rabi’a! communique moi quelque chose de ce que tu as appris par ta propre inspiration.
– Aujourd’hui, répondit Rabi’a, je me suis rendue au bâzâr, ayant avec moi quelques pelotes de corde que j’ai vendues deux pièces d’or pour me procurer des vivres. J’ai pris dans chacune de mes mains une de ces pièces d’or, craignant que, si je les tenais ensemble, toutes deux réunies ne me fissent dévier de la voie droite. » […]

Farid-ud-Din Attar, Le langage des oiseaux, 1863, Paris, Albin Michel, 1996, traduit du turc oriental par Pavet de Courteille

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. PERNAUDAT MChristine dit :

    bravo Anne pour la réalisation de ton jeu de cartes sur les oiseaux, c’est magnifique et merci de nous les transmettre avec les textes correspondant. La nature est une mine de pierres précieuses qu’il faut savoir regarder, apprécier. Nous avons à la maison, une mangeoire pour les oiseaux et c’est un ballet constant, du plus petit au plus grand, tout le monde y trouve son compte. Parfois, nous restons collés à la vitre pour regarder ce magnifique spectacle. Merci encore et bonne continuation. .

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