La relation à l’ami(e) spirituel(le)

Ne tirez pas sur l’enseignant(e) !

Suivre un guide en montagne pourrait nous amener soudain à douter de ses compétences de pouvoir nous amener à bon port, au sommet. Il se pourrait qu’en prenant des chemins non prévus au départ, pour causes de changement de temps ou d’intuitions venues de son expérience, il nous déconcerte. Nous pourrions alors oublier pourquoi nous l’avons suivi et nous commencerions à vouloir prendre les choses en mains. Une fois entré dans cette défiance, tout ce que ferait ce guide nous apparaîtrait comme la manifestation de son incompétence voire de ses intentions malveillantes à notre égard. Finalement il ne veut pas nous mener là où nous souhaitions mais il nous égare pour d’obscures raisons, il nous déçoit, nous frustre, nous indispose. Ainsi l’arrogance confuse du mental tire sur le guide et se retrouve certes libéré de l’autre mais doit faire face à présent à sa confusion et au pouvoir de destruction d’une paranoïa galopante. La vision a changé. De la vision d’un guide expérimenté que nous avions choisi nous sommes passé à la comparaison et au jugement qui entrave la communication, la fausse. Il est fréquent alors de chercher un autre guide avec qui nous recommencerons ce petit jeu. La nouveauté a ses attraits et son efficacité mais il vient toujours un moment où l’autre ne correspond pas à l’image que l’on s’en fait.

CMDareteLorsque la vision se réduit à l’arrogance de l’ego et de sa confusion  il n’y a plus de place pour créer une relation saine et féconde. Se mesurer et se comparer sont des activités du mental qui détruisent l’espace où le meilleur de soi est l’autre. Plus encore que dans une relation ordinaire, recevoir un enseignement spirituel demande d’être vigilant à la qualité du lien. Ce qui est transmis dans l’enseignement spirituel est au-delà des personnes et en même temps s’incarne inévitablement dans une personne ordinaire que rien ne différencie d’une autre si ce n’est qu’elle est porteuse d’un éclairage d’expérience sur une nature subtile, invisible, ce qui peut être évidemment source de nombreux malentendus.

Le ferment de la confiance

La confiance est le ferment qui lève la pâte d’une relation nourrissante et sincère. Elle nous aide à faire face à notre humanité dans tous ses aspects / nos faiblesses et nos richesses. Dans la relation spirituelle, la dimension invisible de l’être n’est pas opposée à la globalité de l’expérience quotidienne.  L’ami(e) spirituel(le) nous accueille tel que nous sommes et développe une bienveillance envers nos choix de vie lorsqu’ils correspondent aux développements de nos qualités. Les conseils qu’il ou elle nous prodigue vise à favoriser une vie en adéquation avec nos qualités en même temps que de se soucier de notre cheminement intérieur. L’humanité est au cœur de la rencontre, chaleur et lucidité spacieuse alimentent l’énergie de la pratique méditative. De son côté l’ami(e) spirituel(le) a des engagements éthiques : il ou elle n’exerce en aucun cas un pouvoir d’ingérence temporelle ou d’exclusivité fanatique. Il ou elle n’intervient pas dans la vie privée d’une personne ni dans ses choix personnels. Il ou elle ne fonde pas la relation sur la culpabilité, la compétition ou les abus de toutes sortes. Il est nécessaire de questionner l’éthique d’une personne si besoin est afin de ne pas se sentir manipulé ou abusé. Même si tout cela reste délicat, le bon sens et l’examen restent de mise.

Si la cohérence d’un cheminement demande de s’engager sur un temps long, cela est dû à la nature même du travail qui ne peut se faire que dans le long terme. Cela n’empêche pas la complémentarité des approches. Dans les Racines de la présence, les aspects thérapeutiques et créatifs accompagnent la pratique de la méditation et vice versa. De même nous pouvons nous abreuver à diverses sources. L’essentiel est de ne pas se perdre dans la multiplicité des approches proposées aujourd’hui un peu partout. Le risque est de rester dans la frivolité confortable ou de diluer l’énergie et d’être toujours en train de commencer quelque chose sans jamais l’approfondir. La nature d’une relation spirituelle s’éprouve à long terme, se compte en années. Elle a sa cohérence, s’éprouve des deux côtés et s’approfondit avec le temps. Son but est toujours l’émancipation, l’autonomie, la libération. Le chemin est celui du lien sincère entre motivation et vision, que l’on soit l’enseignant(e) ou l’élève.

mountain-climbers-trustUne confiance indéfectible spontanée est rare, elle peut être le fruit de connexions antérieures. Souvent elle n’est qu’une projection naïve, une fascination enfantine où la séduction cédera tôt ou tard la place au dénigrement et à la déception. La plupart du temps, la vraie confiance  vient de la traversée de nos hésitations, de nos doutes qui ne sont que peurs et projections sans fondement réel. Vision et motivation sont liées, elles se re-mobilisent ensemble régulièrement. Quand l’une tombe du bateau, l’autre la repêche. Si notre motivation est faible, nous devons rafraîchir notre vision, tout au moins la ré-examiner pour nous repositionner dans la relation d’une façon plus juste et plus équilibrée.

Fondamentalement, La confiance est un acte d’adhésion à l’instant, un acte de foi pourrait-on dire, un lâcher-prise fondamental qui est la solution ultime. Cela n’a rien à voir avec l’autre. Néanmoins l’exercice de la relation à l’autre dans le cadre privilégié d’un suivi spirituel nous apprend à le réaliser. Apprendre ce qui ne s’apprend pas est très déconcertant, c’est pourtant le paradoxe de toute voie.

S’entretenir dans le respect mutuel

6960109424_54884f156c_zLa meilleure façon de faire que le lien devienne relation est cette épreuve de la rencontre à travers les entretiens réguliers. On vient voir, rencontrer son ami(e) spirituel(le) pour sentir que le lien avec ce qu’il représente vit toujours en nous. On vient voir l’ami(e) spirituel(le) pour se rencontrer soi-même. Nous pouvons avoir l’impression de faire semblant, ressentir un malaise ou se sentir gêné. Le miroir de la rencontre est alors opérant, c’est le moment d’appliquer l’enseignement et de reconnaître ce qui se passe sans nous juger. Cela fait partie des expériences possibles. Tout dépend de la relation que nous avons à nous même ainsi que de notre histoire. De nombreux aspects se montrent dans ce miroir. Si nous faisons face à ce qui se montre alors il est possible de voir la baudruche de nos appréhensions se dégonfler. Nous pouvons être naturel et vrai, cela fait du bien. Ces moments sont essentiels.

Passer par le meilleur de l’autre pour rencontrer le meilleur de soi s’appelle être en lien avec un ami ou une amie spirituel(le). Cela est exigent, parfois éprouvant, peut nous faire peur et en même temps crève les abcès de l’ego, de l’illusion, des projections sur ce que l’on perçoit de l’autre comme menaçant ou inquiétant. Cela dissout le vernis glacé des attitudes condescendantes ou crispées.

La question n’est pas tant que l’autre soit un maître dont on serait le disciple élu ou qu’il ait pignon sur rue ou validation institutionnelle, que la reconnaissance d’une disponibilité bienveillante et indéfectible à montrer les choses dans leur crudité et leur bonté sans chercher à être dans un rôle. Dans la tradition du bouddha, il est dit que le bodhisattva, le héros d’éveil ne se cache pas, ne dissimule pas. Il n’a pas de sphère privée où il cacherait son vrai visage, il a le courage de reconnaître son humanité, sa faillibilité et en même temps d’ouvrir la porte à la tendresse indicible du coeur mis à nu. 

l’appel à franchir les frontières

14088231730_3e9214a184_cLes ateliers des Racines de la présence offrent un espace où vivre ses vœux de bodhisattva, le héros d’éveil. Ce héros est présent sous différentes formes et facettes dans les ateliers, à travers les contes, les mythes ou dans les pas du bouddha. Le héros est l’énergie de réponse à l’appel de la conscience à repousser ses limites. Cette énergie d’appel dans sa dimension chaleureuse et lucide, en lien de territoire ouvert à l’autre, dans le désir fécond de dépasser ses frontières est le voeu de bodhisattva. Parfois cette énergie défaille, la tendance à baisser les bras, à se décourager arrivent, cela est humain. Dans ces moments, on ne peut reculer, l’ami(e) spirituel(le) est alors le bienvenu pour accueillir et nous aider à le faire à chaque fois nos parts de faiblesse. Etre vraiment soi en présence de l’autre, être vraiment l’autre en l’absence de soi. Sous un regard libre de jugements et de condamnation, nous nous découvrons aimable à nos propres yeux. La bienveillance libre d’attentes de cette ouverture accentue l’accueil de la vérité qui nous est propre, nous pouvons  mieux assumer ce que nous vivons. Osez la vérité  là où nous sommes nous délivrera des mensonges toxiques et des motivations stériles. Si vous ne tirez pas sur l’enseignant(e), alors la relation sera toujours le rappel qu’il est possible d’avancer l’un vers l’autre pour féconder de nouveaux espaces de joie et de simplicité.

La vision peut être souillée, souillon ou fraîche et joyeuse. Il y a un état d’esprit pour écouter les enseignements qui sont la base de la réceptivité à celui-ci. S’arrêter à la frontière des personnes est un empêchement. Prendre le risque de dépasser les frontières est un mouvement d’âme irrépressible que nous souhaitons tous effectuer mais qui est parfois difficile en raison du manque d’intimité avec nous-même, de l’éloignement ou de la coupure intérieure d’avec la partie sensible.  L’enseignant (e) est l’autre qui nous permet de rencontrer le meilleur de soi et si nous le souhaitons peut nous accompagner dans l’exploration de ce meilleur de soi. La relation crée un espace où évoluer, lâcher ce qui nous parasite et reconnaître dans le miroir du moment la bonté de l’être.

Sentez vous libre et heureux(se) de venir écouter un enseignement avec une fraîcheur d’esprit tel que vous recevrez les bénédictions du ciel et de la terre. Ne vous cachez pas, ne tirez pas sur l’enseignant(e), accordez-vous l’innocence d’une présence détendue, en lâchant les crispations de plomb que le mental dessine sur un visage qui n’a que sa fermeture à offrir en guise de gratitude.  Sourire vraiment à l’instant est la plus belle des offrandes, dans le miroir d’un sourire, chacun reconnaît sa propre bonté, sa propre beauté comme la note d’une harmonie invisible venue se jouer au cœur des rencontres.

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7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. pierre penard dit :

    Bonsoir Lama Wangmo
    Je suis profondément touché
    C’est vrai que ce n’est pas facile de rencontrer un être tel que vous si vrai
    C’est le plus souvent très déstabilisant, effrayant même
    Rassurez vous je n’ai plus de balles dans mon chargeur
    A bientôt Amie Spirituelle au cœur si tendre si pur
    Pierre

  2. Dalby dit :

    Bonjour Wangmo
    rangement de début d’été j’ai voulu organisé mes carnets ,tous ceux que j’ai rempli tout au long du suivi de ton enseignement et j’ai réalisé que le premier a été commencé il y a juste 10 ans, une longue route un beau, un bon chemin , aujourd’hui encore certains jours la pente est rude mais en relisant le premier carnet j’ai réalisé que ces 10 ans n’étaient que peu de temps et aussi le souhait profond de ne pas me laisser distraire, de ne pas céder à la paresse ou à la peur d’aller encore et encore sur la voie avec toi .La vie m’a fait le cadeau de notre rencontre je l’en remercie et je te remercie pour tout ce que nous avons partagé et pour la solidité de l’appui que tu offres. A bientôt
    Catherine dalby

  3. pierre penard dit :

    Bonjour Lama Wangmo
    C’est pas facile de soutenir son propre reflet dans le miroir infaillible que vous offrez
    Encore faut-il être conscient de cette relation ultime à l’Amie Spirituelle
    Encore faut-il être vraiment conscient de la chance le don qui s’offre à nous
    comprendre au-delà de l’intellect n’est pas si facile
    dans mon imbécillité toxique je croyais avoir tout compris et être au-dessus de tout
    je ne suis qu’une horrible baudruche gonflée à mort d’une longue tradition toxique
    pas vraiment intime en soi
    A bientôt
    Pierre

  4. Laure dit :

    Lors du week-end du 21 et 22 juin 2014 la question de l’argent dans notre relation avec l’ami (e) spirituel(le) a été abordée.
    J’ai apprécié que cette question soit clairement évoquée, car l’argent pose autant la question de notre rapport au monde social et quotidien que celle plus symbolique des valeurs et en particulier de la valeur que nous accordons à soi-même comme aux autres.
    A priori la valeur marchande est incommensurable avec le monde des valeurs que l’on accorde par exemple aux êtres humains ou encore sur la base desquelles nous orientons nos actes. Ainsi pourra-t-on dire avec le philosophe E. Kant qu’un homme n’a pas de prix, puisqu’il a une dignité ou que ce qui fait la valeur d’un bijou offert, c’est non son prix mais la relation d’amour que cet objet symbolise. Ce dernier exemple met pourtant en évidence un aspect paradoxal du don, puisqu’il s’effectue le plus souvent via un objet qui a demandé soit de l’argent pour être acheté avant d’être offert, soit des matériaux puis du temps et des efforts pour être transformé.
    Ainsi, aborder la question de l’argent dans la relation spirituelle nous oblige à réexaminer un nombre important de croyances au premier rang desquelles on trouve celle de la relation entre ce qui est spirituel et par définition invisible et gratuit, l’amour, la bienveillance, l’authenticité… et de ce qui est matériel et peut se compter, comme l’argent, le temps, les efforts, locaux, coussins … dont il faut disposer pour qu’un enseignement soit possible. Or, ce dernier aspect pourtant évident ne l’est peut-être pas pour tous ou du moins il est possible que nous ne lui donnions pas la valeur justement, qui est la sienne. Tel était du moins mon cas, puisque je ne prenais pas en considération tous les moyens matériels qu’exigent l’organisation de week-end et retraites, fussent-ils de méditation, seuls comptant pour moi le travail thérapeutique et spirituel ainsi que les relations humaines.
    Le mépris est un sentiment très subtil et difficile à débusquer. Je m’aperçois que je jugeais méprisable et avilissant non seulement tout ce qui a trait à l’argent mais aussi les personnes dès lors qu’elles sont impliquées dans une relation financière. Mon idéal de pureté dans les relations humaines cachait en réalité un sentiment de mépris et c’est pourquoi je me réjouis que cette question ait été abordée.
    L’évocation de cette question ne m’a pas seulement obligée à reconsidérer tous les aspects de la condition humaine que je renie ou dénie à mon insu, mais elle m’a aussi obligée à me poser la question de savoir ce que j’allais acheter auprès de l’amie spirituelle, puisque la compassion n’a pas de prix, question qui me permit de mettre en évidence les croyances erronées avec lesquelles je construisais une relation de dépendance aux autres.
    Par où je conclus qu’il est préférable de regarder en face tous ces aspects de soi qu’on préfère ne pas voir ni montrer, bien que cela soit désagréable et même douloureux.

  5. pierre penard dit :

    Bonjour
    L’argent, si tous les êtres qui peuplent la terre maintenant à l’instant épousaient la présence inconditionnelle, que deviendrait l’argent?
    Tout le monde veut le bonheur, personne ne veut de la souffrance dit inlassablement le Dalaï Lama…Le donner recevoir aurait une autre dimension dans une présence inconditionnelle globale…
    En attendant l’ami(e) spirituel(lelle) doit payer ses factures comme celles et ceux qui ne sont pas amis(ies) spirituels(elles)!!!
    L’arrogance, l’ignorance sont certainement l’argent roi
    Que de haine, de malheurs à propos de l’argent roi…
    L’argent roi, le reflet social positif mais aussi la certitude de pouvoir acheter de quoi manger, de quoi survivre et vivre
    Et pour une minorité la certitude de la puissance…
    Pierre

  6. Daniel Mur dit :

    Que dire?
    J’ai longtemps cru, fuyant la terre de mes contemporains, qu’il n’y avait plus de sage dans notre époque.
    J’ai longtemps cru, épris d’exotisme et de romantisme, qu’on n’en pourrait trouver que dans les cavernes humides de l’Himalaya, ou dans les forêts vierges des antipodes…
    Ma rencontre avec Wangmo fut une bascule radicale, qui se poursuit encore, une révolution vertigineuse, la redécouverte de l’enchantement qu’est la vie, un décrassement soigneux et méthodique de mes vues dans la quête de ce qui n’a jamais été tâché.
    Que dire?
    J’ai entendu certaines pratiques avec le « guru », certaines visualisations, etc…elles naissent spontanément d’un cœur ouvert et confiant, ce sont des gerbes de chaleur qui ont le parfum humide de la gratitude, la rose de l’âme qui s’épanouit au soleil de l’enseignement. Une simple pensée nous y relie, un instant de présence, un souvenir amusé…
    Qui n’a jamais ressenti cela ne connaît pas la relation à l’ami spirituel…et tant pis si c’est un peu péremptoire!
    Merci Wangmo pour cette très belle présentation, tout y est et je t’y reconnais entièrement.
    Daniel

  7. klein marie-claude dit :

    Invocation à l’Amie,
    Espace, mon Père, ma Mère,
    Origine de tout,
    Je m’abandonne à toi,
    Fais de moi ce qu’il te plaira.
    Quoi que tu fasses de moi,
    Je te remercie.
    Je suis prête à tout, j’accepte tout,
    Pourvu que ta volonté se fasse en moi,
    Puissè-je sentir ta Présence,
    En toutes choses et en toutes circonstances
    Je ne désire rien d’autre.
    Je remets mon âme en toi,
    Pénètre-la, je te la donne,
    Avec tout l’amour de mon cœur,
    Parce que je t’aime,
    Et que ce m’est un besoin d’aimer,
    De me donner, de te sentir
    De me remettre entre tes mains sans mesure,
    Avec une infinie confiance
    Car tu es Amour

    Je, naît de l’espace et retourne à l’espace

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