un loup, un chou et puis c’est tout

C’est un matin de dragée rose qui se feuillette comme un livre d’enfant. Le soleil étire ses grands phares sur la plage d’un paysage à l’émargé d’une fenêtre. Petite Lou peut être l’héroïne du jour, d’autant plus qu’elle s’affaire à trouver la tenue idéale, celle qui correspond à son humeur de l’instant, quelque chose dans les tons de rouge et de blanc. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des renards qui vous suivent à la trace. Dès que Petite Lou a trouvé sa tenue, qui ressemble un peu à celle du Père Noël, il faut bien le dire, elle engloutit un petit déjeûner dans un grand bol et se pourlèche les babines avant de s’essuyer d’un revers de manche en rôtant. Puis elle empoigne son k-way rouge aux ponpons blancs et sort, son panier sous le bras. Elle est bien décidée à traverser la forêt urbaine de ses angoisses. Elle saute à cloche-pieds pour se donner contenance et chante gaiement des airs de lady Gaga.

Pendant ce temps, la citrouille du soleil emplit une page de flocons qui se poussent les uns les autres et font se culbuter les nuages qui s’affolent et prennent des formes hétéroclites et saugrenues. Une foule se bouscule au mitan du livre. L’auteur ne sait plus très bien où il en est. Pourvu que l’histoire continue! Les nuages en file indienne commencent à râler : poussez pas, y en aura pour tout le monde, arrêtez, vous allez trop vite, je voudrais pas finir en barbe à papa…

Sous ces commentaires, là bas sur terre, sous ces floconneuses acrobaties se déroule une scène des plus banales. Petite Lou aperçoit Brasero, ce grand dadais de loup qui s’obstine à régler la circulation entre Tofou l’escargot japonais qui rentre du marché et Paprika le ver de terre luminescent et hongrois qui n’allume jamais ses feux de croisement. – Pour ne pas me voir venir il faut vraiment y mettre du sien râle Paprika – priorité il y a ou il n’y a pas s’interroge Tofou en dévisageant Brasero – eh bien c’est à Tofou de passer tranche Brasero en se tournant vers Paprika. Petite Lou remonte sa chaussette blanche qui tirbouchonne sur sa chaussure rouge. – Ah Petite Lou! où vas-tu ainsi vêtu? demande Brasero – chez mère-grand, elle a grand faim, une faim de loup si tu vois ce que je veux dire. – Et qu’as-tu dans ton panier? – des sushis il y a ou il n’y a pas ? questionne Tofou en mettant son nez dans le panier – Oh! ça c’est un loup de mer en papillottes – il y a aussi des verrines de morpions et des loupiotes pour faire la fête autour du sapin – Ah! il y a une fête? s’étonne Brasero le loup andalou – absolument on fête le jour d’aujourd’hui, c’est une occasion à ne pas laisser passer non? – est-ce qu’il y aura du sang s’inquiète Paprika, avec ma belle couleur ça me donnerait mauvaise mine – Il y aura de la sanguinolette rétorque Petite Lou, ce sont des fraises des bois écrasées avec quelques layettes de chamalow c’est ultra-méga bonbon – Brasero n’aime pas quand Petite Lou régresse ainsi, cela lui tape sur les nerfs, il sent son instinct de loup reprendre le dessus … – moi je préfère les loukoums bretons dit Triskell la sauterelle qui les a rejoint. Tout le monde y va de sa réplique au centre du carrefour, ça bloque! Brasero s’énerve et met la clé sous la porte.

Petite Lou lui propose de venir avec elle chez mère-grand. – Je n’ai rien à me mettre comme jolie pelisse dit le Loup – je ne suis pas très loopé (entendez pour un loup : stylé)et ma compagnie n’est pas des plus accrobranchantes. – Mais si dit Petite Lou tu es très bien comme tu es, tu es très mignon, à croquer. Tiens prends mon panier et enfile mon k-way, moi je vais siffloter le long du chemin. On voit le loup et la petite de dos partir sur le chemin coloré de la forêt aux clairs émois dit le lapin en fumant sa pipe d’écume. Les oiseaux paradent aux balcons des hlm. Les écureuils fanfaronnent aux terrasses des bistrots. Les nains rentrent du boulot en se tenant la main. Petite Lou montre à Brasero les fleurs du sous bois, comme elles sont bien dessinées, comme elles sont grandes et élancées, comme elles ont d’énormes bouches avec des pistils carnivores qui luisent au fond des gosiers de leurs pétales gigantesques. Nous allons faire un énooooorme bouquet de fleurs incendiaires rugit haut et fort Petite Lou à la face de Brasero terrorisé. On ne peut pas marmonne-t-il timidement… on ne peut pas cueillir les fleurs d’un livre, c’est fragile un livre, c’est interdit par la loi des auteurs et… Petite Lou le coupe en plein élan – ce que tu es vieux jeu, mon pauvre loup garou, à moins que tu ne sois surtout très très peureux. – Ma maman m’a toujours dit de me méfier des grands-mères. Elles adorent cuisiner du pot-au-feu de loup. – Mais non Loup tu n’y es pas. Elles adorent les loups de mer et les grands-mères à qui on offre des fleurs ne mangent pas les loups, elles sont plutôt vegan. – Ah tu crois? – Mais bien sûr Loup, ma mamie sera ravie de te rencontrer et de te servir une sanguinolette fraichement bio avec une tartine de salsifis fait maison. Ils arrivent chez la mère grand. Elle est dans son lopin de terre, grand comme une cloque sur le petit doigt, comparé à cette immense forêt de sapinettes. Elle retourne la terre. La citrouille du soleil lui chauffe le popotin tandis qu’elle s’acharne à déterrer un chou qui lui résiste de toutes ses racines, de quoi avoir une crise cardiaque! enfin elle réussit à l’arracher de cette gencive poreuse, en tombe à la renverse en poussant un juron irascible et païen que l’écriture ne peut rendre ici mais qu’un jeune voisin pourra éventuellement vous traduire oralement, si vous lui demandez gentiment.

– Viens dit Petite Lou nous allons faire une surprise à mère-grand. Allons nous cacher, toi dans l’armoire et moi sous les draps. La mère grand entre dans la maison, ce chou lui a mis les nerfs en pelote. Elle n’a plus très faim et préfère se coucher. Elle va à sa chambre, ouvre l’armoire pour prendre sa nuisette en flanelle chanelle et tombe nez à nez avec un loup ratatiné au fond qui la regarde d’un air horrifié. Elle se retourne et remarque les fleurs rouges sur le napperon du couvre-lit qui bouge et semble la menacer. Un loup, du sang, un chou ah! elle pousse un cri, le dernier, et meurt sur le champ. Le loup confus sort de l’armoire. Il a le moral dans les chaussettes. Il pense à cet affreux karma de bourreau qu’il traîne partout où il va. La petite le rassure : ça arrive Loup, ne pleure pas, grand-mère est morte à sa saison préférée, le printemps. -Ah! je croyais qu’on était en hiver? L’hiver était aussi sa saison préférée, tu vois ça ne change pas grand-chose au fond. – C’est à cause de moi, gémit le loup. – Ah! tu ne vas pas recommencer, ce que tu es grincheux, tu n’es pas le centre du monde tu sais, les gens peuvent mourir sans toi. – Qu’allons nous faire? – Nous allons faire ce qu’aurait souhaité mère grand, la fête! envoie un sms à Hermès, le postier, qu’ils préviennent tous nos amis restés à la croisée des chemins, qu’ils viennent nous rejoindre et nous pourrons rendre hommage à la vénérable ancienne. Petite Lou, Brasero le loup andalou et tous leurs amis précités enterrent la vénérable ancienne, un chou en guise de pierre tombale. L’esprit de la vénérable leur apparaît alors, flottant au-dessus de la forêt. Elle leur fait un signe de la main pour attirer leur attention. Elle fait des gestes comme pour dire que tout ça est stupide et malencontreux. Elle se désigne en se moquant d’elle-même. Tous tendent le cou, plissent les yeux et essaient de déchiffrer son message. Enfin elle leur envoie des baisers, ce qui leur fait un bien fou et les délivent de leur mauvais sort puis elle s’évanouit dans la course des nuages. Tofou redevient musicien, Paprika top model, Triskell agent d’assurances et Brasero éditeur, un loup libre d’aller et venir où bon lui semble et de raconter ce qui lui plait et même de croquer la fin des histoires avant l’heure. Ainsi va le karma et les souhaits des mères-grands qui en connaissent un bout sur la malice des choux… en partant Petite Lou a éteint la lumière du livre sinon on y serait encore…

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