A la vue d’un crâne

Drôle d’envie aujourd’hui de se laisser interpeller par l’appel d’un crâne, sans doute au vu d’une souris déposée devant la porte par un des chats. Cadavre, crâne, ossements, chapelle voûtée abritant les circonvolutions labyrinthiques de mémoires palatines. En voyant la souris dépecée, immobile et grise de raideur, je réalise que nous marchons sur des morts, des cornes de bélier qui s’enfoncent dans le manteau de la terre, des cerfs aux bois dormants, gardiens de catacombes et d’îles blondes qui craquent sous les bottes comme des noix sans cerneaux.

Le fantôme d’Hokusai sort des bois d’en face, traînant le crucifix de ses longues phalanges qui crochent les champs de sillons barbelétiques  où de bienheureux corbeaux crient de joie. Les fantômes aiment les automnes, les ombres étirées, les doubles décharnés, les mouvements lents et bien orchestrés.

Il est des alchimies si naturelles que la lanterne d’un troisième oeil éclaire le reliquaire du corps de la tête. Dedans il y a du feu, de la lave syllabique qui imprègne la verdure de coulures rousses. Dedans il y a le filament de l’intuition qui fait des songes. Dedans il y a la sagesse de la mort délivrant le secret du phénix.

Je pense au berceau de ceux qui ne sont pas nés et qui s’en sont allés avant d’être venus. Les dents roulent des mâchoires, la mort est costaud, l’angelus égrène du millet le long des sacs de pommes de terre. Les poumons sont des forges où le nerf de la vie coule des poupées, de petites poupées vaudou, des doudous de sagesse, homonculus d’artémis, en forme de sein des seins. Le cuir peint, avec deux trous en guise d’yeux, se porte comme un masque talismanique.  Qu’y-a-t-il en dessous? lorsque se lève les voiles des minotaures paraissent les tortues aux têtes rétractables. Devant la porte veille Mozambique, le conteur au masque de fer qui chante des psaumes océaniques.

A la vue d’un crâne j’ai voyagé dans les cavités spatiales, les trouées du dessous, je suis montée à bord  des vaisseaux des morts, en restant sur la terre. Le temps de descendre du bureau pour aller photographier le gisant de la souris, celui-ci avait déjà disparu dans l’intestin du félin pour n’être plus qu’un caillot digestible et bientôt recyclé. Où vont ceux qui disparaissent? certains reviennent faire du bruit comme le papier froissé des origami; d’autres reposent en paix dans les mémoires de ceux qui se souviennent encore d’eux, d’autres ne sont plus que les parfums volatiles de vacuités célestes.

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