méditations ouvrières

Alors que l’oiseau s’emplume à la barbe bleue du jour, grand-père va au jardin. Au loin, le tutu des nuages berce les usines d’un phrasé fragile – la laitue fait un somme en baie de somme – le camion arrive et benne la ferraille au milieu de la cour – en haut de la cité l’ouvrier fume patiemment – l’encens noir de sa cigarette dessine sur l’étang une vague amertume – tout est silencieux au verso des velours – l’escargot entre en pivoine une bassine pleure son évier disparu – le pâté s’arrose d’un blanc sec – soudain le mantra des verres  qu’on nettoie sort du bistrot et s’épand dans l’air environnant en éclat de mentor.

Grand-père va au jardin arracher les herbes mutines – les radis ont un ventre rebondi. L’été clève sa princesse d’un quignon d’hirondelle – l’orage est repu l’azur est revenu – le saindoux gris du ciel bitume d’autres lieux – saut du crapaud au visage de l’eau – hip hop l’insecte floppe!

Dans la cuisine le navet blanc de la nappe accueille un couple de taches où il est possible de lire la destinée des courants d’air – que vais-je faire en baie de somme sinon un somme d’oiseau de mer – les épluchures font des tranchées entre les tipis des assiettes – découper les longues tiges de ferraille puis émincer le temps avec des peaux de haricots – patience des attablés seulement dérangés par la sainte urbanité des mots – la vie est affaire de matière.

Bientôt la nuit renarde au gratte-ciel des forêts. La lune entre en pierrot – presque touché presque lâché un songe ancien s’émiette en langes sonores – il pleut de la farine d’argent dans le gosier indigo des rideaux – grand-père fait un somme en baie de somme – il va loin très loin – il range les petits pois sous le matelas il suspend le sablier il entre en vacuité et voyage sur le cil du héron – loin si loin qu’il vient près du soleil rassembler ses troupeaux de cigognes et rêver.

 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Chevalier Claudine dit :

    Le soir arrive avec sa lune, ses étoiles fidèles: Petite et Grande Ourse. La belle princesse se couche, ferme ses yeux d’azur, s’assoupit, … rêve. Mais … est-ce bien une princesse?…A-t-elle eu mal au dos? Si vous désirez le savoir, interrogez le sablier.

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