Epilations

987654321 est-ce le nombre d’aiguilles sur un sapin? Je reste perplexe – adossée à la rive d’un zéro je contemple la boule partie en direction de la branche au bout de la main qui ploie au ralenti du geste et donne du lest – raté – ça pique! – retrait des troupes – relance – La muselière de la boule a fini par être acceptée par la branche rebelle et la main s’en est tirée avec quelques pixels démonstratifs.

Epiler un sapin de Noël est tentant – tant d’épines frémissantes dans leur jungle d’hérisson fait dresser les poils du fauve intérieur qui sort de sa léthargie qui secoue la pince invisible de ses morpions qui enclenche la montée ascentionnelle de ses pulsions jusqu’à l’explosion : ça gratte ça pique ça démange – mise en route des opérations : extraire éliminer soustraire des nombres entiers aux plus irrationnelles monnaies trébuchantes. A quelle vitesse vont-elles tomber ces aiguilles? le sac de l’aspirateur soupire la cheminée tire des bouffées asphyxiantes tant qu’elle peut encore il faut bien se chauffer aux graminées de l’hiver toussote la sorcière ravie de suie –

Habiller un sapin relève quand même un peu de l’effeuillage sans permission de l’intrusion abusive même s’il se laisse faire s’il est docile et peut-être même qu’il aime bien ça après tout je ne sais pas je n’ai pas le point de vue de ses discrets et pudiques luminions et si on le laissait comme ça? alors pourquoi l’avoir amené ici?

Essayons de suivre son élégance c’est un exercice où le choix de la transfiguration dépend essentiellement des membres de la communauté familiale – Et si on le faisait que rouge? Et si on le faisait bleu blanc et non pas rouge quand même – et si on mettait toutes les boules originales collectées ces dernières années ce serait hyper kitsh ce serait drôlement chouette – qui vote pour? les traditionnalistes se rebiffent d’autres tentent de nouvelles perspectives nan faut pas mettre de boules du tout seulement des clochettes des petits paquets cadeaux de toutes les couleurs avec des figurines en feutre et des fruits en toc – et des guirlandes de lumière – là tout le monde est d’accord sur l’option luminescent incandescent effervescent on veut du feu du feu du feu – allons-y

Des points des carrés des angles holotropiques des cristaux hispaniques qui s’étagent en mer de lumière des pommes ouvertes aux filatures d’alchimistes des étoiles des étoiles et encore des étoiles – il n’y en a jamais trop – lève la tête – vois le ciel – est-ce qu’il y en a autant que le nombre d’aiguilles de tous les sapins de l’univers réunis dans la paume de ma main? je reste perplexe – adossée à la rive d’un zéro je contemple par la fenêtre le chat passer la langue entre les meurtrières de ses orteils – Paco le chat ressemble à un ours brun avec sa collerette auburn – contorsionniste et tantrique il jette un oeil indifférent aux branches ballantes où les boules jouent au nombre d’or entre les quilles des pyramides – savais tu que le père noël a une bosse de fougère dans le dos avec dedans des noeuds sans fin des croix de lutins des patins à glacer les pains d’épice de la vie qui se coordonne de chute libre en chute libre accrochant des flocons de neige à peine vus déjà disparus – respire et recommence –

987654321 trompettes claironnent les mille bras épineux et leurs follicules pileux qui se tendent vers toi et font se dresser les cheveux sur ta tête – petit cauchemar intrusif passant au bras d’une émotion l’air de rien – les chevaux de tes neurones galopent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre remontent le temps te voilà enfant bébé vieillard magma placenta minéral végétal animal et peut-être bien aussi d’autres choses que tu ne connais pas… petit point clignotant sur l’écran vertigineux de l’univers tout aussi vertigineux – combien de grains de sable de grains de peau de cubes étagés de mots tombés dans l’oubli de rêves cellulaires dans la valise diplomatique du temps – la pomme s’ouvre au mitan et montre les pépins de son coeur à fleur de chair – sortirons nous de l’hiver?

987654321 feu vert et promesse de lumière – adossé à la rive d’un zéro Paco le chat déménage un rat – le brouillard empaquète l’univers d’une liquette énigmatique – adossé au berceau du silence le monde est nu dans la main du sapin –

 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Chevalier Claudine dit :

    Aurai-je pu imaginer, il y a quelques temps de cela, que quelques bribes de terre, d’eau, de feu, d’air et de conscience puisse décorer un végétal et encore, s’y piquer les doigts!

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