Coré

Alors que Coré s’amusait avec d’autres nymphes, Gaïa, agissant pour le compte d’Hadès, fit naître sous ses pas une fleur magnifique. Tandis qu’elle la cueillait, la terre s’entrouvrit et Hadès, roi du monde souterrain la saisit et l’emporta avec lui. Elle eut juste le temps de pousser un cri et disparut. Sa mère Déméter, inquiète de sa disparition la chercha partout en vain. Le dixième jour elle se rendit près d’Hélios, le soleil, celui qui voit tout, il lui révéla alors l’identité du coupable. Sachant qu’elle ne pouvait influencer Hadès, Déméter, déesse des cultures, particulièrement de la noble céréale qu’est le blé avec laquelle les hommes se nourrissent, décida de fuir l’Olympe. Aussitôt, la terre privée de son influence devint stérile.

Accablée de chagrin, elle prit l’apparence d’une vieille femme et se rendit à Eleusis où elle devint la nourrice de Démophon, à la demande de la reine des lieux. Désirant rendre l’enfant immortel, Déméter l’enduisait d’ambroisie le jour et le plongeait la nuit dans un feu destiné à brûler tout ce qui était en lui périssable. L’enfant grandissait bien mais sa mère curieuse espionna ce que faisait la déesse, elle fut prise d’inquiétude en voyant toutes ces manipulations. Déméter lui rendit alors son fils et se fâcha, déplorant l’ignorance des hommes. Elle se fit reconnaître de ses hôtes comme la Déesse qu’elle avait toujours été et ordonna que soient institués en son honneur les Mystères d’Eleusis, exigeant pour leur célébration la construction d’un temple.

Coré n’était toujours pas réapparue, une année à présent s’était écoulée et la terre était restée inféconde. Rien ne poussait, rien ne venait à maturité. Sans moissons, la vie des hommes était en danger. Zeus demanda expressément le retour de Déméter. Devant son refus obstiné, il s’adressa alors directement à Hadès et le pressa de rendre Coré à sa mère. Hadès finit par donner son accord mais désirant lier pour toujours la jeune fille à son propre destin, il s’arrangea pour qu’elle goûte un pépin de grenade. Ce faisant, elle rompit le jeûne exigé pour quiconque voulait impérativement et définitivement regagner le royaume des vivants. C’est ainsi que Coré devint Perséphone, passant la moitié de son temps avec son mari Hadès dans le monde souterrain et l’autre moitié en surface avec Déméter, sa mère.

Nous pouvons nous laisser simplement enchanter par l’évocation de cette histoire et la fréquentation divine des personnages mais nous pouvons aussi tenter d’y lire de façon très vivante des résonances et des correspondances avec l’aventure de la conscience en quête de son plein déploiement.

Hadès désigne le travail dans le monde souterrain et profond de l’inconscient incluant la conscience corporelle, alors que Zeus règne sur la pleine lumière de la conscience et Déméter sur le travail conscient. La lettre D commune dans la graphie de Déméter et HaDès est le symbole majuscule d’un triangle, si on suit le delta grec auquel notre D correspond. Cette lettre est signe d’union et de conscientisation des différents niveaux de l’être.

Coré ou Koré signifie « jeune fille ». En grec, le verbe Koréo veut dire nettoyer. Coré est le mouvement d’ouverture de la conscience qui intègre l’essence de la vie (le pépin de grenade symbolisant la fertilité et aussi l’amour) favorisant le mouvement d’union du corps et de l’esprit, montrant à tout chercheur de sagesse que la quête est une expérience totale, une union des essences vitales du corps et de l’esprit, nécessitant une délivrance des encombrements, une libération des surchages physico-psychiques, un nettoyage des courants d’alimentation. Des temps de latence, des temps de chaos, sont inévitables dans le processus de pénétration des mondes souterrains, obscurs, cachés et parfois terrifiants qui agitent nos consciences corporelles, psychiques, systémiques, spirituelles. Alors préparons nous à descendre. Comme dans les contes, lorsque l’héroïne se jette dans le puits, désespérée, elle trouve en écho l’appel urgent de la vie en résonance de son propre désir de transformation. C’est là une opportunité, qu’il est possible de saisir ou non car nous avons toujours le choix de renoncer au travail intérieur, au raffinement du plomb en or, tel Déméter déplorant l’ignorance des hommes en ce domaine.

Mourir et renaître sont des thèmes récurrents de toute initiation et de tout processus urgent de transformation.

La grenade est par sa couleur évocation de la vie, du sang, de l’incarnation dont l’essence primordiale est amour, et l’amour n’est autre que la manifestation de la plus grande ouverture possible de la conscience. Lorsque Déméter reste en lien avec Coré, la mère et la fille sont réunies, alors le travail intérieur peut commencer et continuer dans le corps et l’inconscient corporel. Lorsque ce lien se distend, il y a un temps d’errance dans la nuit intérieure sans rien pour réellement guider, sauf de revenir, de retrouver le fil avec les énergies incarnées. Des temps de gestation sont inévitables, ces temps où Déméter a perdu sa fille et la cherche. Par son union avec Hadès, Coré deviendra Perséphone, celle qui détruit la mort.

Le processus de conscientisation nous demande de descendre pour ensuite remonter avec l’essence de vie plutôt que de rester perdu à la surface de soi et des choses. Nous ne pouvons être à moitié.

Rien ne nous empêche non plus de lire dans cette histoire une résonance avec les flux naturels et leur cycle : l’hiver est la saison où tout est en gestation comme si Déméter avait perdu Coré. Mais Coré-Perséphone oeuvre souterrainement à garder précieusement la vie, à faire le grand ménage pour la prochaine union qui verra l’éclosion du printemps. Ainsi ces différents niveaux résonnent en nous simultanément, car nous sommes des êtres de résonances, nous avons plus d’une corde à l’arc de nos intelligences. Comment résonne l’hiver en nous? en notre corps-psyché ? Où est passée notre vitalité? Et l’histoire de Déméter et de Coré? Et Hadès? Comment se régénérer? si vous avez l’impression d’être un peu trop dans la tristesse, pensez à Déméter cherchant Coré-Perséphone et mettez une belle grenade sur la table de Noël à partager avec d’autres. Voyez dans votre tristesse la noble peine de Déméter. Asseyez-vous un peu – histoire de vous réconcilier avec le sentiment de séparation et de sentir la vie continuer son oeuvre dans un cycle différent – maintenez l’union avec les souterrains fertiles de  l’ombre et invitez Coré à votre table le temps d’un rêve. N’oubliez pas qu’elle est aussi Perséphone, celle qui détruit la mort.

La belle Coré est elle-même la fleur de toutes les fleurs – descendue au coeur de l’ombre elle accueille le rubis de la vie en épousant Hadès – remontée à la lumière de Déméter elle oeuvre à la fécondité de toutes choses – elle unit les contraires sans les mélanger – elle est le corps révélé du mystére de la conscience – elle invite à la joie de l’ouverture se faisant chair et sang et eau et tresses de blé couronnant tes cheveux. La belle Coré est coémergence des dessous-dessus – des inattendus – circulation des vaisseaux de lumière – joie d’être entière et crue –

 

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Séchaud@localhost dit :

    Merci Wangmo pour ces mots tellement riches de sens, d’images, d’évocations.
    On a le cœur grenadine après cette lecture !
    Et quelle heureuse synchronicité, je viens de manger et boire de la grenade ces trois derniers jours à Marrakech. Je me disais à chaque fois que c’est un fruit merveilleux. Je l’ai même mêlé a du champagne pour qu’il épouse le pétillement ! Graines et bulles, une union savoureuse.
    En lien de cœur, je t’embrasse
    Carine

  2. Chevalier Claudine dit :

    Beau texte en cette période qu’est Noël, période de naissance, naissance à la vie, à l’amour, à la paix. Joyeux Noël Wangmo et famille

  3. Lunesoleil dit :

    Coré / Koré c’est encore Perséphone la fille de Demeter …

  4. Lunesoleil dit :

    A reblogué ceci sur L'actualité de Lunesoleilet a ajouté:
    Je connaissais Perséphone fille de Zeus et Jupiter, que l’on peut retrouver sous le nom Coré (Koré) signifie « jeune fille ».
    J’ai trouvé aucun astéroïde sous Coré, par contre j’ai déjà écrit sur Perséphone qui passa 6 mois de l’année avec Hadès …
    Ce qui est etonnant actuellement Perséphone est en conjonction au Soleil/Mars en Lion et était dans laxe de l’éclipse lunaire…
    Oui pour les remontées du royaume d’Hadès, dieu des enfers, sous forme d’nconscient collectif, on en saura plus à l’eclipse solaire du 21 aout …

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