Fiction d’été

Il était tard et les lignes de l’horizon laissaient partir à regret le soleil mincissant en cette fin de journée d’été. Le soleil enfonçait sa tête de quille parfaite derrière les arbres de la petite colline qui semblaient en carton découpé.
Le ciel du couchant s’empourprait.  Des zèbres orange et rose couraient librement sur l’asphalte aérien des nuages.
Il était tard comme cela peut l’être en été quand tout s’étire encore un peu plus loin dans la lumière des ombres où glisser, où devenir soi-même barque et jonc à la fois. L’indistinct s’installait au flouté léger et tenace des bords du chemin. Mon pas commençait à se faire phare où guider doucement le suivant.
Je voulais marcher dans le feu des images qu’éveillait la nuit.

A une certaine heure qui reste très incertaine, d’autres formes sortent de leur tombeau, de leur cachette, de leur masque de terre, de leurs abris de ronces. Des formes aux contours de syllabes qui écrivent chaque soir leur mémoire bousculant l’ordre initial du jour.
Entre chien et loup des meutes de passions polémiques cherchent à conquérir les territoires émergés de perpétuels changements où sens et direction se confondent.
Dans la pénombre circulaient des générations de frayeurs cherchant un coeur en paix à qui parler de leur douce démence. Elles finissaient parfois au divan d’un couvent de feuilles mouillées.

Poser sa tête sur l’oreiller des pierres à coté des remous aux étoffes aquatiques de la mare ancienne et écouter le crapaud diurne qui fait des prophéties.

Lointaine est la source originelle
Eternelle et limpide source de l’esprit
Nul ne sait si c’est dans le passé ou dans l’avenir que nous t’avons perdue –

Il était tard et j’attendais que le facteur du soir vienne me dire bonsoir, m’attardant au bar à lunes, quelques rêves au creux des mains.
Entre deux déserts de pensée, l’hymne vacillant des grillons appuyait derrière ma tête un coussin strident, lancinant et plein.
La nuit bruissait d’étoiles qui devenaient paroles intérieures à celles et ceux qui les contemplaient.

Lointaine est la source originelle
Eternelle et limpide source de l’esprit
Nul ne sait si c’est dans le passé ou dans l’avenir que nous t’avons perdue

Je retournais au bar à lunes près du sourcier des météores qui savait changer les pattes en nageoires. Des créatures douces flottaient comme de petits troncs déracinés dans l’atmosphère libérée de sommeil.
La voix hypnotique d’une fleur restée crête et nomade emplissait les timbales de mes tympans d’un chant unique.
Je basculais dans le vent, je devenais ferraille de ciel, à démonter les méninges du temps.
Il était tard dans le futur et encore tôt dans le passé pour y voir clair dans le présent. Décidée, j’allumais le satellite de mes branchies afin d’aborder le continent solaire d’une roue qui déplaçait sa course sur la croûte de fromage de la lune. Tourner en boucle ou s’éjecter de la bouche du soyouz étaient deux propositions de mouche qui s’équivalaient à moins d’attendre les moisissures de la chair qui réclame son dû et devenir momie le temps d’une assiette. Mais faut-il toujours choisir? personne ne répond, quelque chose passe, un électron retourne au bagne.
Prenant conscience de perturbations terrestres venues de galaxies influentes bien qu’inaccessibles tu te retrouves alors petit pois sous le matelas des anges à chercher ta place dans le décor.
La nuit brouillait les cartes. A travers les mailles du filet passait la console des étoiles.
Quelques mirages timbraient l’émission de ton être à l’article de la mort – quelque chose se préparait du fin fond de l’oubli –
une immense hémorragie de bleu se déclencha aux interconnexions synaptiques de ton crâne se déversant en lac le long de tes bras collines, en douche le long de tes cheveux radicelles, en ruisseau le long de tes orteils montagnes.
Bien que certains diront que cela pouvait être confondu avec une pluie de météorites ou de vulgaires pleurs intempestifs, la terre reste témoin du coeur de l’action et n’a rien à déclarer sur la profondeur de champ.

Ainsi, tu manifestais la source originelle, éternelle et limpide de l’esprit, jamais trouvée, jamais perdue, à nulle autre pareille, belle des belles, de chair et de sang mêlés.

 

 

 

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. xab0003 dit :

    à la tienne merveilleuse poétesse
    tu as épousé la source originelle
    tu ne fais plus parti de ces catégories linaires du temps
    volumes infinis en pluie à l’instant tu es
    bien au-delà du sommeil
    au-delà des variations
    tu t’es assise à l’éternel au coeur de coeur
    toute la magie est à toi
    avec humilité
    merci infiniment

    n’en déplaise à Darwin !

  2. xab0003 dit :

    pardon
    j’ai oublié le é de linéaire
    à la troisième ligne
    « catégories linéaires »

    linaire c’est une autre image
    cela a à voir avec les puissantes lèvres des fleurs
    et bombus le bourdon collecteur de pollen

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