Anniversaire –

Elle courait sur la plage après sa petite madeleine de Proust en forme de cavalier surgi de la nuit. Elle n’en n’était pas à son premier voyage sensoriel et ce ne serait sûrement pas le dernier. Le temps perdu retrouvait facilement le chemin de sa mémoire, si facilement que d’autres pensaient qu’elle avait un attachement trop grand au passé. Mais il n’en n’était rien. C’est qu’elle était née sous des infusions de lune argentée, un jour de juin lointain, comme sur l’île désertée d’un petit gâteau gigogne.
Pour qui sont ces bougies qui flottent sur la mer? et surtout ces effluves, ces odeurs qui perlent dans l’air et viennent vous prendre par la main? Te rappelles-tu ces moments trempés dans le thé des matins? Te rappelles-tu ces airs entendus sous la peau des criquets? Te rappelles-tu l’intensité des étoiles aux cordées bleu marine?
Dans mon cerveau poussent des marguerites des pushing daisies des antilopes aux sabots d’or qui froncent leurs trajets d’avion papillon à l’hippocampe de mon tablier.
J’étais en cuisine élaborant un repas de petits doigts quand mon auriculaire intuitif a sonné pour la dernière fois. Fêter la vie ou fêter la mort? Est-ce si différent? Chacun choisit le côté du verre qu’il veut remplir ou vider.
Un petit-déjeuner en famille à l’orée d’un matin en satin s’est dilué sur l’asphalte démembré. Tourner les talons – dire adieu sans dire au revoir – mourir comme à Venise un jour d’anniversaire bercé de barques à la dérive.
Mon coeur fendu s’ouvrait grand comme une fleur – il y avait dedans des jardins des jolis bancs avec des moineaux qui sautillaient sur les dalles des trottoirs mouillés – autrefois était une fois avec un autre où promener son âme avec la joie au bras. Quartier d’enfance – demi-lune et frasques d’étoiles au sapin d’une rencontre qui eut sa beauté atypique de champs électriques de noyau jubilatoire et de manteau terrestre allumé –
Qu’offrir aux si petits grands que nous sommes? des sonates des nocturnes du métal nickel chrome pour qui chanter pour quoi rêver avec pour seul chili peppers que l’accordéon d’Yvette.
Voilà en vrac un cornet avec une surprise comme en aiment les enfants fait avec du papier journal inexistant mais tout de même peint en noir et blanc. L’ouvrir pourrait solliciter l’encéphale de tes liaisons nerveuses ou autres car tout est lié même si la boîte en carton qui ficelle les jours affirme le contraire. Tu peux ranger ton papier bleu ligné d’argent, et son vélo. Nous n’irons pas dans ces tombes cracher nos poumons encore aimants et pleins de sang.
Où irai-je me déposer? Vivre en oubli est s’accorder le luxe de mémoires prodigieuses et parfaitement idiomatiques pour ne pas dire idiotes.
Etait-ce un jour de décembre? Il y en eut plein – des buissons entiers sensationnels et pendus aux branches des murs – des occasions perdues – des mauvais choix – de méchants cosmonautes – d’insupportables tourments – et pourtant au flux de ma respiration tout se balaie de montres molles sorties de tiroirs ouverts à l’illimité d’un front. Rire encore comme une glace qui fond sur la main en chocolat.
En surface, tout est muet ouaté et figé à sens unique – tout obéit à de nouvelles règles des je à deux très sérieux – réduction des fluides dans la casserole conjugale – alors qu’au fond la vie multiplie ses désordres ses cordes de violon ses sequins énergiques et mutins.
La fée s’amuse à muter l’horizon et à boire le lait chaud du printemps.
Merci d’avoir existé d’avoir illuminé quelques journées autonomes et flexibles à la vitre des années trépassées. Quelques journées dans une vie c’est déjà beaucoup.
Je vais nager sous le sable noir du soleil avec d’autres à qui j’apprends à hanter les circonférences des plages.  Je vais nager sous le silence – je vais faire l’ange devenir planète d’un nouveau système avec frayeurs et craquements –
N’être fidèle qu’à la vérité qui nous rêve qui nous invite à l’espace relaxant de la belle et grande présence. S’assembler au vent qui séquence.
Je t’offre la brillance d’une assiette levée à la lumière de la fenêtre sale. Je t’offre nos disparitions sereines nos moitiés de vie nos insipidités humaines.
Merci d’avoir existé sous les lagons qui présageaient de nouveaux mondes à présent tous éteints. Tout s’est délacé aux ailleurs radieux qui nous déplacent.
Ce matin très tôt la bougie allumée rêvait de ton ombre. Et puis rien.

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. catia dit :

    Je suis touchée en plein cœur par l’universalité de ta plume Anniversaire –
    Merci Wangmo… ;0)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s