Accessoire

Sous le ciel avenant qui avait mis du bleu sur le feu, par le plus grand des hasards, elle trouva un trèfle rouge mouillé de rosée. Quelques personnages s’avancèrent sur la scène. C’était un spectacle comme on n’en n’avait jamais vu. Les champs mutaient en pyramides, les routes en couloirs de sons jetés à la percussion du vent.
La réalité ouvrait sa robe de sept lieues ou de sept noeuds mais pourquoi un trèfle rouge laissé là au bord de la robe du temps – de l’autoroute de printemps ?
Il lui arrivait d’être l’île d’un objet abandonné qui cherchait la rencontre.
A l’intérieur de son corps, il y avait une harpe et un harmonium envoûtés. Les fleurs, des jacinthes probablement, elle en oubliait parfois le nom,  exposaient leurs bigoudis odorants comme des chevelures très soignées. Leur bonnet était-il connecté? Comment savoir ce qui se trame sous les gants des manigances à édition limitée?
Le premier personnage ressemblait à une mandoline qui hésitait à dire tel un baladin baladé sur la margelle d’un puits il hachait ses mots – au suivant! – heureusement le second n’était pas qu’accessoire mais tremblait au baiser de la pierre affublée d’un nez de clown. Il y avait encore un tout petit être qui mangeait des haricots sur le dos d’un oiseau en attendant que les larmes des draps sèchent. Bichette! il est trop chou! dit Hanaé en clignotant des phares, on ne va pas le laisser là. On a toujours besoin d’un plus petit que soi dit la fable sous l’halogène discutable de la salle à manger.
Du coup, tous se mirent à table, alors qu’Alice était restée au verger, sortant les baguettes de bois articulées et jouant avec comme des figurines à doigt.
Qui va raconter l’histoire? Tous les doigts se lèvent – Moi moi moi! – alors toi le moustique électroacoustique vas-y déclare ta flamme de printemps –
Alors il était un trèfle rouge qui faisait l’acrobate – il voulait faire rire rêver et vibrer encore et encore quelqu’un qui ne marchait pas droit et chutait sans cesse sur de vilaines thématiques qui faisaient un bruit infernal à l’aorte blessée des oies – trompette! et alors le sort s’acharne sur le baigneur qui a oublié son maillot de bains dans la baie magique du futur et qui a peur des couleuvres relationnelles blotties dans un panier mal refermé.
Quelle histoire! disent les comparses – pour un accessoire il se débrouille plutôt bien!
Comment s’appelle la pièce? Elle n’a pas de titre elle n’a pas encore été écrite – c’est une pièce encore ouverte un petit meublé d’étable avec des roses de parchemin en dalles de bistrot – chaque matin j’aime m’habiller au kimono du jardin – j’y cueille des trèfles rouges posées là pour me montrer la route du passé déjà écrit en un présent libéré des souffrances.
On pourrait faire quelques minutes de silence dit un temps mort – faut que j’y aille j’ai rendez-vous avec un funambule qui se pique d’ouvrir les coeurs et les consciences à la faïence des moments de vie en vertiges – Improvisons un air unique pendant que tu feras la cuisine nous fredonnerons comme des abeilles dans ton ventre lâchées.
Je n’ai toujours rien compris au message du trèfle rouge – son message est qu’il n’y a pas de message sous la lunette des toilettes tu tires et tout s’en va quelque part mais où tu ne sais pas est-ce que ça t’empêche de vivre? non! bon alors mets les bouchées doubles et hume moi ce café à l’hymne de solitude triomphant, pas mal non? Mais c’est pas drôle Philomène tout ça – j’ai un épi de blé dans la chaussure et je boîte et toi tu fais comme si je m’appelais caramel –  que veux-tu que je te dise? les oreilles des fantômes se dégustent en famille, non?
J’ai assis la beauté sur mes genoux et je l’ai trouvée amère a dit Rimbaud. Ah! c’est tout toi ça – voyager dans la prose des saisons en enfer mais tu sais qu’on ferme bientôt d’ici maintenant alors faudrait te dépêcher de siroter tes visions sinon elles vont partir en fumée ou rester coincées en hiver.
C’est cette histoire de trèfle rouge qui me turlupine – à bien y regarder chers téléspectateurs, et vous le constaterez facilement, à la fin du film, quand le cercueil se referme, les accessoires ont toujours le dernier mot!
Change de chaîne! Dis donc Pooh qu’est-ce qu’on fait d’un trèfle rouge qu’on a trouvé sur le chemin d’un beau matin? Ben on le mange pardi avec de la moutarde rose!
Mais où tu vas chercher tout ça? Tu sais que tu vas encore dérouter le lecteur? C’est ça la poésie pour toi? Des mises en scène? Allez bouge-toi et va faire la vaisselle plutôt que de rester planter là avec tes histoires à dormir debout de trèfle rouge qui assassine le temps et conjure les mauvais sorts.
ça y est je me rappelle! La maison a brûlé elle s’est envolée toute en fumée ou presque- en débris noirs en chaos de menu fretin gisant et brisé à tout jamais. La cendre ressemblait au trèfle rouge de cette histoire – un croisillon de destins entrelacés – sous la couverture rêche du tout perdu l’accès à soi n’a rien d’accessoire – le petit trèfle rouge de son coeur blessé sur le feu bleu du ciel remonte la pente – de là-haut elle voit les ruines et des châteaux de bras lui faire signe d’appuyer la mine de son crayon sur le papier fin et de laisser courir la plume de l’oiseau géant qui dort en creux de soi à l’aile de sa main –

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. si délicieux! et vive le vent du printemps , et n’oublions pas ( c’est pas de moi) que le temps est ce qui empêche toutes choses d’arriver toutes à la fois…

  2. xab0003 dit :

    Ava

    Ava lançaient des totems aéroportés dans les souterrains
    Jack et John ne respectaient pas la pente
    quand à Lise elle tissait la toile d’approche
    Joan était d’une froideur d’atlantique nord
    tandis que Meryl jouait un tango désargenté
    Pas si facile à l’envers de la divinité infiltrée
    des cuivres des bois des cordes comme s’il en pleuvait
    des échographies au seuil des océans maculés

    Le tachymètre affichait un vertige avancé
    la nuit prononçait ses virtualités
    des haricots verts libres comme l’espace dansaient sur le ventre
    désespéré de Nelly et puis un grand escalier muet comme une longue vue
    atterrissait un homme dépourvu

    Dans la maison des ancêtres Mireille projetait une haine sous les arcades
    des glycines enlacées n’y pouvaient rien
    une surimposition détectait la tendresse d’un présent décalé
    au fond de l’impasse le film ne dévoilait que très rarement
    ses images
    Le peintre à la cour du Roi ignorait que ses croûtes finiraient sur la banquette
    arrière d’une Buick décapotable 1950

    Le chambranle de la porte se fissurait
    des cigales entamaient un crescendo d’étoiles de mer aux confins des apnées
    ramenées au rythme du ressac
    à la cime de l’échelle la bibliothèque de la villa éphémère se faisait
    sensuelle à l’impromptu du temps

    La baie offrait ses jeux de lumière
    son rythme cardiaque épousait le mouvement des vagues déferlantes sur le rivage
    des cigales en filigrane à l’écoute d’un océan hors du temps

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