Celles

Au passage des ravins elle eut un
mouvement de recul
fixant les petits kakis carrés de l’oreiller où
Cérès avait laissé tomber les blés d’un rêve inscrit au
coeur d’un mouchoir de papier blanc et
pourtant elle avança –
rêvé et lucide il
fallait de l’autre côté prendre
l’exact opposé et soulever le
papillon si lourd
de la matière –

le soleil avait fui le liseré de
l’horizon seulement habité et
pour peu de temps encore par la chevelure
pendue des nuages filant au
feu du vent –

tout appartient à la mort
qui dort sagement sous
tes pieds d’écorce crue –
l’arbre salue l’épreuve
de l’attache absolue
et si légère de l’instant –

de petits ciseaux de sucre neigeait
devant ses paupières aux cils d’abreuvoir –
il faisait noir à l’arrière des
banquettes de pierre
la nuit épaissie
sous la table cachée
dévissait la tête parue
à la fenêtre – grue de lune à
l’aile en
morceaux
à moitié décollée presqu’
autonome et charnelle –
laisse le vide te secouer
et installer des plumes
à ta cheville blessée –

elle mettait ses mains dans
ses manches de bois
puis sur ses hanches de mère grand
et laissait le gruau des
balles de sa bouche défiler en
notes serpentines montant au
grand ciel dépecé des
femmes d’autrefois
devenues branches nues
noisettes altières ronciers d’azur

elles les voyaient toutes
passer le ravin
tomber au fond et fondre
celles dont le flux dénoué
s’échappait en silence
gardiennes franches de
ce qui tombe et se relève
à l’équerre du pardon et
au désert des pommes
jamais croquées –

 

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