Des pleins et des déliés

Pourquoi écrivez-vous? La question du pourquoi ne m’effleure pas ou plus même si ce genre de questions vous y ramène toujours. Je la contourne, en tous cas le pourquoi, le sous entendu psy ou autre, n’entre pas dans mes raisons d’écrire. L’écriture me traverse m’averse m’inverse depuis très longtemps. Au début il y avait sûrement…

Femmes squelettes

Tourner ses paumes vers le ciel où voir le grand écart des danseuses aux seins de lotus recevoir sur la joue l’accolade d’un fruit doux – je m’étais assoupie sous la pagode de Coré et je rêvais – il y avait des femmes et des femmes et encore des femmes très vieilles qui pleuraient des…

Crépuscule

Soyeuse et odorante la couverture des broussailles remonte sur toi la chose la plus proche qui te soit la main solitaire qui effleure et met à distance le soleil – la joie dilatée s’endormait dans ton rêve – la corporalité de la pensée voyageait dans d’animales métamorphoses la tête entre ses sabots la reine de…

Fiction d’été

Il était tard et les lignes de l’horizon laissaient partir à regret le soleil mincissant en cette fin de journée d’été. Le soleil enfonçait sa tête de quille parfaite derrière les arbres de la petite colline qui semblaient en carton découpé. Le ciel du couchant s’empourprait.  Des zèbres orange et rose couraient librement sur l’asphalte…

Tête de mort

avec soi on promène sa tête de mort impossible de la dévisser impossible de la remixer juste à la rigueur la croiser au détour d’un oreiller ou au lever de grimaces que l’on fait dans la glace en se brossant les dents ses babines roses retroussées – il était temps de l’hommager de la dédommager…

Par coeur

Labyrinthe éperlé à la joue du matin le coeur laisse jouer de manière singulière les fruits de l’été sur sa traîne rouge de rubicité à rompre les glaces à faire tomber des grâces sur la terre enroulée à la coquille verte d’un escargot qui trace la brume s’éclairait des diamants de l’invisible araignée qu’on devinait…

Orage

Quelques versets d’orage se préparent sous la peau des images – les nerfs à flots du pré humide avec ses herbes de têtes brûlées capitulent sous le vent volant qui gesticule – le pied tragique d’un champignon retourné donne au ciel ses ourlets de grisaille et de temple brisé – il tonne il pleut il…

Mon amie la rose

Au creux du buisson d’épines qui bruissent un crabe de soleil lentement déplace ses pinces d’argile un frisson parcourt l’échine un cri d’oiseau traverse l’espace puis s’étiole et disparaît – le vent avait brisé la barrière – la rose déploie ses ailes rouges les ouvre au matin naissant mais la langue où traduire le chagrin…

Oreiller

Sur l’oreiller la tête devient oiseau les cheveux des plumes qui s’élèvent en rouleaux de printemps et vont vers le vent vert des rêves – les yeux roulent la chair s’animale au lever d’ongle de la lune qui tend ses dais d’argent – l’éventail de la taie ouvre des fenêtres où quitter l’assignation à domicile…

Aller loin

c’est une belle nuit de soie fine où tenir le vent entre ses doigts où les étoiles font des paniers d’émeraude à la métaphysique bleue des hommes endormis – le coeur de l’arbre où je me cogne cogne et résonne sous la plante de mes pieds fleuris – les ombres m’environnent elles ouvrent d’aromatiques robinets…

Où es-tu?

j’ai passé la main à travers La diligence du vent pour y chercher la coulée chaude et invisible du coeur la lune a souplement décroché son turban blanc je reste à contempler l’ombre très noire et très grinçante de la porte entrebâillée le jour s’évide et gît d’inexprimables intentions le fil de l’aspirateur coince et…

Pièces détachées

Marcher seul et passer sous les eaux ralentir les mots frotter sa tête d’ail à la plume du vent aller dans le puits cueillir le miel des morts enduire son corps d’un charbon incandescent traverser des voiles invisibles à nulle autre pareille courber les bois jeter les éponges amasser des sorts éventrer des lièges et…